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Roland Drago vient de nous quitter. Le grand universitaire,
le jurisconsulte international, le maître de l’Institut (il a présidé l’Académie
des Sciences Morales et Politiques en 2.000) a été également pendant quinze ans
le vice-président présent et efficace de l’ALEPS, position qu’il a abandonnée
l’an dernier pour rejoindre notre Collège Présidentiel, tout en continuant à participer
aux travaux du jury du Livre Libéral présidé par Pascal Salin. Notre association se joint au deuil de sa famille,
et je suis personnellement attristé par la disparition de celui qui m’avait honoré
de son amitié, dont je n’étais pas peu fier. Jeune universitaire, j’avais été impressionné par
les écrits et la réputation de cet agrégé de droit public, condisciple de l’Université
d’Alger (mais à quelque dix ans d’écart), qui avait donné ses premiers cours à
l’Institut Universitaire de Tunis. Il aimait évoquer cette période, avec les rocambolesques
partie de tennis avec Raymond Barre et Philippe Malaurie. Après un long passage
à la Faculté de Droit de Lille (1953-1965) Roland Drago a rejoint Paris, où il
a pris une place éminente dans le milieu très savant des « comparatistes »,
ces juristes capables de connaître et comprendre des traditions juridiques aussi
différentes que la française, la germanique, l’anglaise ou l’américaine. A ce
titre, il a accompli plusieurs missions, donné plusieurs conférences et consultations
dans la plupart des pays du monde. Mais c’est surtout l’universitaire et le libéral
que je voudrais particulièrement évoquer. Conseiller de plusieurs Ministres de
l’Education Nationale, membre du Comité Consultatif des Universités, Roland Drago
s’inquiétait des dérives de nos institutions universitaires. Il me disait les
déceptions qu’il avait régulièrement connues. En 1986, il avait préparé avec Jean
Foyer (autre juriste éminent) une proposition de loi innovante, courte, et remarquable,
qui a séduit la nouvelle majorité libérale. Mais Alain Devaquet, en charge des
Universités, a demandé le retrait de ce texte, et on connaît la suite : émeutes
universitaires, mort de Malik Oussekine, fin de la réforme…et fin de l’épisode
libéral. La même mésaventure s’est reproduite avec François Bayrou. Après huit
mois de travail, la commission à laquelle participait Roland Drago débouche sur
une réforme LMD de nature à mettre l’université française aux normes européennes.
Peine perdue : au dernier moment François Bayrou retient le texte qui plaisait
aux étudiants contestataires de l’UNEF. On en voit aujourd’hui les conséquences… Les convictions libérales de Roland Drago lui venaient
de son immense respect pour l’état de droit. Il savait que la liberté exige des
règles de droit de qualité, et il déplorait pour notre pays la médiocrité de la
production législative, et même constitutionnelle. Il admirait Montesquieu pour
nous avoir alertés sur le danger d’un pouvoir exécutif qui se placerait au-dessus
des lois et des juges. Il rappelait volontiers que le Garde des Sceaux avait préséance
sur le Roi dans le protocole de l’Ancien Régime. Roland Drago se trouvait à l’aise
au sein de l’ALEPS, aux côtés d’universitaires mais aussi d’entrepreneurs et d’hommes
de plume. Il a souvent présidé nos assemblées générales, et il l’a toujours fait
avec son élégance, sa distinction et sa foi dans la liberté. Il nous a beaucoup
apporté, et ce modeste hommage était bien le moindre de nos gestes pour compléter
nos prières et lui dire un dernier adieu.
Jacques Garello Le 20 mai 2009
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