MOSCOU N’A PAS QUITTÉ LA GEORGIE


La Russie continue à surveiller ce qu’elle considère comme son arrière-cour, pour l’essentiel issue de l’ex-URSS. C’est le cas de l’Ukraine, comme on l’a vu ces derniers temps, et plus récemment encore, de la Moldavie. C’est surtout le cas de la Géorgie. Moscou avait envoyé ses troupes ; l’Occident avait vivement réagi et Nicolas Sarkozy s’était flatté d’avoir obtenu un retour des Russes sur leurs positions antérieures à la crise. Mais en fait les Russes n’ont jamais quitté la Géorgie.

L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie faisaient, sans ambiguïté, partie de la Géorgie, dont les frontières étaient internationalement reconnues. Après avoir favorisé la sécession de ces deux régions, le Kremlin a reconnu leur légitimité comme celle de deux « Etats indépendants ». Mais il s’agit d’une indépendance à la Russe, c'est-à-dire indépendance par rapport à Tbilissi, mais pas par rapport à Moscou. Les troupes russes sont restées dans ces deux régions, et n’ont donc pas évacué l’ensemble de la Géorgie.

Cependant, depuis la fin de leur intervention militaire dans le reste de la Géorgie, les Russes avaient adopté un profil bas, donnant à leurs troupes des consignes de discrétion. C’est cela qui vient de changer. En effet, l’Alliance atlantique devant effectuer des manœuvres en Géorgie, Moscou a fait patrouiller ses troupes sur la « frontière » entre les deux régions et le reste de la Géorgie. Le chef régional de l’ex-KGB ne s’en est pas caché : « Des unités de gardes frontières ont commencé à remplir les missions relatives à la protection des frontières sud-ossète et abkhaze ». Et d’ajouter « La frontière doit être rapidement fermée et impénétrable pour les ennemis ». Et d’y installer des équipements modernes, des drones, des systèmes de vidéosurveillance.

Pour légitimer cette présence, les deux régions « séparatistes » ont signé avec la Russie un accord lui confiant la surveillance de leurs frontières. Le Figaro cite le « président » sud-ossète, qui parle de menaces et de tentatives de provocation quasi-quotidiennes, à la frontière avec la Géorgie. Il a le culot d’affirmer que l’accord avec Moscou permet de mieux appliquer l’accord Medvedev-Sarkozy. C’est la preuve que la lecture de cet accord n’est pas la même chez les Occidentaux, assez naïfs pour avoir jusqu’à ce jour fermé les yeux sur la présence russe dans les deux territoires, et chez les gens du camp russe. Maintenant le porte-parole de l’OTAN affirme au contraire et avec réalisme que cet accord viole les conditions du cessez-le-feu.

Mais Moscou n’a pas froid aux yeux : pour les Russes, ce sont les Occidentaux qui violent cet accord, par les manœuvres de l’OTAN, considérées comme un encouragement à la « remilitarisation » de Tbilissi. Medvedev parle même de « provocation grossière ».

On a cependant une idée de ce que Moscou entend par « indépendance » de ces deux régions dissidentes, lorsque l’accord passé avec Moscou prévoit dans ces deux « Etats » un bureau des frontières « qui fonctionnera comme une autorité administrative russe à part entière, sous la tutelle du FSB » (ex-KGB). Étonnant respect de la « souveraineté » de ces deux « Etats ».

Le Figaro affirme même qu’à « bien des égards, les deux territoires séparatistes ont tout l’air de simples régions russes ». D’ailleurs, Moscou finance l’essentiel du budget et c’est Moscou qui gère directement les enveloppes financières.

Tout cela provoque évidemment une tension entre les Occidentaux et les Russes, même si les occidentaux sont obligés de se monter prudents, compte tenu des autres soucis qu’ils ont en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, sans parler de la Corée du Nord ! Deux diplomates de la délégation russe ont quand même été expulsés par l’OTAN à la suite d’une affaire d’espionnage, montrant que les Occidentaux ne laisseraient pas faire n’importe quoi.

Bien sûr, ce n’est pas encore la guerre froide. Obama devrait aller à Moscou en juillet ; des rencontres préalables sont prévues entre le ministre russe des affaires étrangères et Hillary Clinton. Mais il est clair que Moscou veut étendre son influence et en profite pour tester Obama et la solidité des Occidentaux. Il ne faut pas l’oublier, et c’est le plus important de l’affaire : sans les Georgiens les Russes auraient le total monopole de l’acheminement du pétrole vers l’Europe Occidentale, et les Russes tiennent à reconquérir ce monopole.

 

 

Le 20 mai 2009

   
 

 

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