IL Y A PPE ET PPE A LA FRANÇAISE


Tout le monde ne connaît pas le PPE (parti populaire européen). C’est pourtant le plus grand parti du parlement européen, sensiblement devant les socialistes, et le seul à avoir des représentants venant des 27 pays membres. Pour la France, ce sont les députés UMP qui participent au groupe PPE. Il y avait eu un temps aussi les UDF, donc plus tard les amis de F. Bayrou, mais celui-ci, encore plus depuis la création du Modem, a demandé à ses amis de quitter le groupe PPE pour s’inscrire au groupe libéral, qui comprend certains vrais libéraux, mais aussi des hommes de centre-gauche et désormais les amis de F. Bayrou, qui, eux, ne sont pas vraiment libéraux. Complexité du monde européen…

 

Dans le groupe PPE, on y trouve aussi bien les conservateurs anglais que les démocrates-chrétiens allemands ou les amis de S. Berlusconi  ou les membres de l’UMP. Donc de vrais libéraux et de faux libéraux, de vrais et de faux conservateurs, etc.. Mais enfin, globalement, le PPE est disons plutôt libéral. L’ambigüité vient de ce qu’il s’est partagé le pouvoir au parlement avec le groupe socialiste (le second en importance), par exemple en partageant la présidence du parlement : un demi-mandat un président socialiste, un demi-mandat un PPE (actuellement Hans Pöttering, démocrate-chrétien allemand). PS et PPE se ménagent donc et votent souvent ensemble, même s’il est vrai que la plupart des sociaux-démocrates étrangers sont plus libéraux que bien de nos UMP, ce qui fait qu’ils votent les réformes libérales, que rejettent ensemble UMP et PS français !

 

Une difficulté supplémentaire vient du fait que pour la prochaine législature, les conservateurs anglais vont quitter le groupe, les Tchèques aussi sans doute, ce qui va l’amputer, surtout avec la récente évolution anglaise dont nous parlons par ailleurs, d’une partie des vrais libéraux. Mais globalement le programme du PPE a certains aspects acceptables par les libéraux. Dans ce qu’il appelle « une Europe des valeurs », on trouve par exemple la réaffirmation des « valeurs du marché », la mise en garde contre le protectionnisme, et même le refus d’une relance reposant sur de nouveaux déficits. Mais, dans les valeurs du PPE, il y a aussi la préservation de la vie humaine, la liberté de l’enseignement ou la défense de la famille fondée sur le mariage, aux cotés du renforcement des libertés économiques, y compris de la libre circulation des services et des personnes.

 

Alors, vive le PPE ? Pas si simple. Il y a d’abord les ambiguïtés propres à chaque pays : la CDU allemande, par exemple, a d’authentiques libéraux et d’authentiques étatistes ; le départ des conservateurs anglais va affaiblir la sensibilité libérale ; la convergence de fait avec les socialistes (au fond un peu comme en Allemagne où ils gouvernent ensemble) freine le libéralisme du PPE, et il semble que cette alternance PS/PPE, excluant les autres, sera reconduite après les élections, même si certains PPE préféreraient une alliance PPE/Libéraux, plus naturelle ; et puis surtout il y a le fait qu’en France, pour les élections européennes du 7 juin, le PPE, ce soit l’UMP. Les libéraux y sont à l’état de traces -et encore- et les UMP membres du groupe PPE votent en général contre toute libéralisation ou mise en concurrence, en dépit de la position prise par le reste du groupe PPE.

 

Le projet européen de l’UMP n’est pas exactement sur la ligne PPE. « Votez pour une Europe qui vous protège » a des relents protectionnistes ou d’assistanat. Parmi les propositions « hardies » de l’UMP, la création d’une caisse des dépôts européenne pour orienter l’épargne… Comme en France, la Caisse est publique et sert à nationaliser les entreprises, voilà une proposition qui n’est pas franchement libérale. Mais c’est surtout Nicolas Sarkozy qui donne le ton : « L’Europe des pères fondateurs, c’était surtout l’Europe des politiques communes. L’Europe du charbon et de l’acier. L’Europe de l’atome. L’Europe de la politique agricole commune. C’était l’Europe qui agissait parce qu’elle ne voulait pas subir. L’Europe des pères fondateurs, c’était l’Europe qui protégeait, l’Europe de la préférence communautaire,… C’est l’esprit de cette Europe qu’il nous faut retrouver ». Autrement dit : l’Europe qui a échoué ! Ce n’est pas notre Europe, ce n’est pas l’Europe des libertés et du libre-échange. Décidemment, oui, il y a PPE et PPE !

 

Le 20 mai 2009

   
 

 

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