LE THATCHÉRISME EST DE RETOUR…


Y a-t-il un petit espoir libéral dans le tsunami actuel étatiste et keynésien ? Certes, quelques îlots libéraux existent, y compris chez certains hommes politiques, comme Vaclav Klaus en République Tchèque. Mais on les compte sur les doigts d’une main. Pourtant, au moment où l’on vient de fêter, le 4 mai, les trente ans de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, on peut se demander si une partie de l’espoir ne va pas venir une nouvelle fois de l’Angleterre. Le Monde, en tous cas, se pose la question, pour s’en désoler, alors que cette perspective nous réjouit.

 

Le Monde commence par titrer « Le thatchérisme a de nouveau les faveurs des conservateurs britanniques ». Et il précise d’emblée : « Le thatchérisme est de retour en Grande-Bretagne ». C’est donc qu’il en était parti. Pourtant, Margaret Thatcher avait modifié en profondeur non seulement toute l’économie anglaise, mais aussi les partis politiques, même de gauche. Tony Blair avait remplacé le vieux parti travailliste par le new labour, intégrant la plupart des principes libéraux de l’ancien premier ministre, à commencer par une faible fiscalité, peu progressive.

 

Mais depuis, le parti conservateur, avec Cameron, s’était recentré, se voulait plus « humanisant », tandis que Gordon Brown et les travaillistes avaient sauté dans le train du keynésianisme et des nationalisations bancaires. La crise avait poussé les travaillistes vers la gauche, intégrant le même discours qu’en France (« c’est le libéralisme qui a échoué »), mais voilà que la droite conservatrice semble avoir compris que la crise était due au contraire à des erreurs étatiques et à un libéralisme insuffisant : il fallait donc aller plus loin dans les réformes libérales.

 

Peut-on pour autant parler d’un retour au thatchérisme ? Le Monde ne nous a pas totalement convaincus. Certes, le Congrès conservateur de fin avril a annoncé un programme de forte réduction des dépenses publiques. Mais Le Monde ajoute que, s’ils parvenaient au pouvoir, les conservateurs « choisiraient l’austérité » (formule ambiguë : si c’est l’austérité pour l’Etat, oui, bien sûr) et surtout que « s’il fallait augmenter les impôts pour financer le retour à des finances plus saines, ils n’hésiteraient pas, comme Mme Thatcher l’avait fait dès son élection ». Il nous semblait au contraire que Margaret Thatcher avait fortement réduit les impôts, passant d’un taux marginal d’impôt sur le revenu de 98% à 40% ! Et Le Monde devrait savoir qu’augmenter les impôts n’a rien de très libéral.

Mais d’autres éléments sont plus rassurants. M. Cameron s’inquiète de la dette publique (79% du PIB bientôt) ; et le leader conservateur retrouve un peu les accents du parti conservateur de 1979, lorsqu’il dénonçait un pays mis par les travaillistes au bord de la banqueroute. Depuis le congrès du mois dernier, il a indiscutablement changé de ton dans la bonne direction, faisant siens certains « dogmes » (l’expression est du Monde) de son illustre devancière, comme « une fiscalité allégée » (dix lignes plus haut Le Monde parlait d’une hausse des impôts… qui croire : Le Monde ou Le Monde ?), « un Etat vivant dans la limite de ses moyens », « une régulation économique peu contraignante », « des syndicats sans pouvoir ». Voilà qui est plus rassurant.

 

La crise, et ici l’analyse de notre confrère est juste, « a rendu aux tories leur liberté idéologique ». Selon une enquête détaillée, la plupart des futurs candidats conservateurs « sont dans une large mesure les héritiers de Margaret Thatcher et de sa révolution ». Dernier élément encourageant, la lettre de M. Cameron à Margaret Thatcher, pour marquer l’anniversaire de son arrivée au pouvoir : « Quand je pense à l’état dans lequel vous avez récupéré la nation et aux immenses avancées que vous avez obtenues, je trouve une source d’inspiration. Amener le pays à ne pas vivre au dessus de ses moyens, remettre les syndicats sur le chemin de la légalité… mais par-dessus tout rendre au peuple britannique sa fierté et sa confiance en soi. A mon tour, trente ans plus tard et avec une extrême impatience, j’attends de pouvoir débarrasser le pays d’un labour épuisé ». Plus qu’une lettre de simple courtoisie. La rupture avec la pensée unique viendra-t-elle une fois encore, des Anglais ?

 

Le 20 mai 2009

   
 

 

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