CONCURRENCE : APRES LE RAIL, LA ROUTE


Nous avions évoqué il y a quinze jours l’ouverture à la concurrence des lignes internationales de chemins de fer, permettant certaines liaisons intérieures (comme Paris-Lyon) à l’occasion de lignes internationales. La concurrence va changer la situation dans le domaine des trains. Mais la machine de la concurrence et de ses avantages va aussi se mettre en route pour un autre secteur protégé, celui du transport par route des marchandises. Certes, depuis 1998, la concurrence existe dans l’Europe des 15 : les entreprises de transport sont autorisées à faire du cabotage, c'est-à-dire à transporter des marchandises entre deux endroits en France, à l’occasion d’un trajet international.

La libéralisation s’applique, depuis le 1er mai, à l’ensemble des entreprises de transports sinon de l’Europe des 27, du moins dans sept pays de plus, et pas seulement pour les 15. Désormais, une entreprise de transport polonaise ou tchèque pourra faire du cabotage en France. Il en va de même pour la Hongrie, la Slovaquie ou les Etats baltes. La Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) affirme que ce cabotage était déjà illégalement pratiqué depuis des années par les nouveaux entrants. Il parait que la Pologne représente déjà 8% du cabotage en France.

Les transporteurs français expriment leur inquiétude et celle-ci est largement relayée par le Figaro-économie, qui joue ici la carte du protectionnisme et du refus de la concurrence : « Le cabotage menace les poids lourds français » titre ce journal, qui précise : « Cette part (des étrangers) devrait exploser et menacer les entreprises françaises qui ne jouent pas à armes égales. A la différence des autres pays européens, la France a en effet conservé sa législation du travail pour les conducteurs de poids lourds. Le droit français comptabilise comme temps de travail tout le temps passé au service de l’employeur, alors que la législation européenne exclut les temps d’attente qui sont légion dans ce métier ».

C’est effectivement le fond du problème. Mais en déduire que la seule réponse est le refus de la concurrence et le protectionnisme est un peu rapide. La législation française n’est pas intangible et elle pourrait également évoluer : pourquoi tous les autres pays européens auraient-ils tort et nous raison avec nos « avantages acquis » ? Le service du client et le prix pratiqués ne sont-ils pas aussi des variables dignes d’intérêt ? Il est donc vrai qu’actuellement un conducteur français coûte environ 1000 euros pas mois de plus qu’un conducteur d’un autre pays européens. Du coup, ceux-ci peuvent pratiquer des prix plus faibles de 15 à 20%.

Il est vrai que les marges françaises sont faibles, comme le fait remarquer la FNTR, mais la concurrence est justement peut-être une façon inespérée de faire évoluer la profession et de la moderniser en l’adaptant aux nouvelles conditions du marché. Car, pour l’instant, non seulement les entreprises françaises perdent du terrain en France, mais encore elles ne peuvent aller concurrencer les autres à l’étranger, n’étant pas compétitives : l’évolution est donc en toute hypothèse indispensable. Les transporteurs souhaitent une définition plus stricte du cabotage, excluant les trajets strictement intérieurs, et ne leur permettant que dans le cadre d’un trajet international, mais il ne faut pas se faire d’illusion : un jour ou l’autre la concurrence sur les trajets strictement intérieurs sera totale. C’est la suite logique de l’histoire.

Les entreprises françaises se plaignent de devoir baisser leurs prix, mais c’est la logique de la concurrence, qui fonctionne pour le client. Il faut donc adapter la législation, pour ne pas pénaliser nos entreprises par des contraintes sociales artificielles. Mais elles se plaignent aussi de voir leur chiffre d’affaire diminuer. C’est peut-être aller un peu vite en besogne que de l’attribuer à la seule concurrence, alors que la crise économique est bien là et fait aussi sentir ses effets. Mais cet épisode nous rappelle surtout que la concurrence est exigeante et pousse à une adaptation permanente, pour le plus grand service des clients. Raison de plus pour ne pas pénaliser nos entreprises par des réglementations périmées et archaïques.

 

Le 13 mai 2009

   
 
  

 

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