UNIVERSITES, ENFIN UNE PROPOSITION REALISTE : 

« ABOLIR LE CAPITALISME »


Nous avons posé la question il y a quinze jours : « Vont-ils tuer l’université ? ». Il nous faut y revenir. L’enjeu n’est plus la modification d’un décret, l’abolition de la loi LRU, etc. La vérité est plus simple : la majorité des universités a repris le travail depuis longtemps ; dans les facultés non grévistes, les cours sont terminés et les examens se déroulent normalement ; ceux qui ont terminé la grève rattrapent les cours et les examens auront lieu en juin. Le problème, c’est le dernier carré, qui s’est sensiblement réduit après quelques barouds d’honneur.

Il reste entre dix et vingt établissements concernés, essentiellement des facultés de lettres et sciences humains et quelques facultés des sciences. Ici, on n’est plus dans le rationnel, pas même dans la gauche politisée. Dans ces établissements, l’UNEF, socialiste, est traitée de social-traitre. Cela lui apprendra à vouloir jouer avec le feu. Comme le titre le Figaro, cette fois, c’est « l’extrême-gauche à la manœuvre ». Evidemment, ils ne sont pas majoritaires. Quelques centaines tout au plus dans des facultés de 5000, 10 000, voire 15 000 étudiants. Et les autres ? Ils sont chez eux ou ils sont partis, ils travaillent en attendant d’éventuels examens ou ils demandent des transferts vers les IUT, classes prépa, facultés de droit ou de santé, etc.

C’est l’éternel problème de la majorité silencieuse : elle peut se réveiller, comme fin mai 68, mais elle est désemparée face à la violence. Il faut avoir vu des conseils, régulièrement élus, proposant de fixer les dates de cours ou d’examens, envahis par la force, les portes cassés, les élus menacés, pour comprendre. Il faut avoir subi des journées entières d’AG, ou l’on parle de n’importe quoi pour écœurer les autres, avant de voter à main levée en fin de journée, quand les plus sérieux ont déserté l’amphi depuis longtemps. Bien sur on refuse les votes à bulletin secret ou électroniques, car seule l’AG est légitime, puisqu’on y trouve non le peuple, mais son avant-garde éclairée : on nage en plein marxisme. Nous ne pouvons jeter la pierre aux modérés qui ont déserté ces AG depuis longtemps, parce que, eux, étaient là pour travailler, ou doivent trouver un job pour payer leurs études, au lieu de faire la révolution en chambre.

Qui sont ces « étudiants ». D’abord tout le monde sait que certains ne sont pas des étudiants et sont des professionnels de la subversion, de vrais khmers rouges, proches du NPA de Besancenot, voire de groupuscules plus radicaux. Il y a aussi les étudiants professionnels, ceux qui trainent en licence à l’âge de 30 ans, pour y faire de l’agitation. Mais il y a aussi des enseignants, dont les étudiants sérieux représentent le cadet de leur souci, qui font grève à bon compte tout en étant payés, qui cachent leur médiocrité derrière la contestation généralisée du système. Ils sont en train de se suicider, car si les examens ont lieu- sans que les cours n’aient repris -ils démontreront ainsi leur inutilité. Mieux vaut pour eux faire perdre un semestre aux étudiants qu’abandonner leur lutte révolutionnaire : mais c’est une révolution à bon compte, derrière un statut hyper protecteur et tous les avantages de la fonction publique !

Leurs propositions sont surréalistes : « abolir le capitalisme » est une des plus réalistes…On avait bien proposé au XIX° siècle l’extinction du paupérisme à six heures du soir : on en est là. Cela réjouit quelques centaines d’illuminés, accompagnés comme toujours d’un certain nombre d’idiots utiles, comme disait Lénine. Leur but : la convergence des luttes, avec les sans-papiers, les postiers et quelques autres, pour déboucher un jour sur la grève générale, préalable à la révolution qui mettra fin au capitalisme.

Comment en sortir ? Les présidents de gauche, qui ont été longtemps complaisants face au désordre, ne savent pas franchir le pas, appeler la police, évacuer les établissements, les fermer si nécessaire, et suspendre le traitement des grévistes professionnels : cela les calmerait vite. Mais le mal fait aux étudiants sérieux-il y en a beaucoup- et surtout à l’image de marque de l’université française- est irréparable : si le diplôme est donné sans examen, comme il en est question ici ou là, ce sera le coup de grâce. Certes, il pourra en résulter un bien, refonder l’université, ouvrir des universités privées. Mais une génération entière aura été sacrifiée et beaucoup ne le méritent pas. La folie des uns, l’irresponsabilité d’autres, les faiblesses des derniers vont tuer l’université française, qui avait pourtant encore quelques beaux restes.

 

Le 13 mai 2009

   
 
  

 

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