DEMAIN, LE PAKISTAN, SOUS LA COUPE DES TALIBANS ?


Globalement, les pays libres ont compris l’enjeu de ce qui se passait en Afghanistan, principale base des terroristes et d’Al-Qaïda, via les talibans. Obama n’a pas changé sur ce point la politique américaine ; il parle même de renforcer la lutte. Mais c’est maintenant la situation au Pakistan qui inquiète les occidentaux. Le pays est une poudrière. Or c’est un des rares pays à posséder un arsenal nucléaire. Celui-ci pourrait, s’il tombait dans de mauvaises mains, provoquer une catastrophe mondiale. Hillary Clinton a mis en garde contre ce risque majeur.

Il y a longtemps que les talibans pratiquent la guérilla au Pakistan. Le district pakistanais sous contrôle des talibans ne cesse de s’étendre. Ils se rapprochent peu à peu d’Islamabad et sont désormais à moins de 100 kilomètres de la capitale. Pierre Lellouche, en mission d’observation pour la France, (par ailleurs scandaleusement insulté par la presse pakistanaise) se dit inquiet. « Il y a beaucoup d’inquiétudes sur ce que j’appellerai une perte de contrôle sur un certain nombre de régions dans ce pays ». Les talibans s’emparent des régions les unes après les autres. Ce n’est plus un simple prolongement frontalier de ce qui se passe en Afghanistan. Un accord de cessez-le-feu purement tactique a été conclu, mais il ne trompe personne, d’autant plus que le signataire taliban a rappelé que « la démocratie était incompatible avec la charia ».

Les liens sont étroits entre les talibans et Al-Qaïda. Les talibans sont très organisés. Ils ne se contentent pas d’attaques ponctuelles et de commandos suicides ; ils administrent désormais à leur façon des régions entières. Ils sont bien armés, avec des lance-roquettes et des mitraillettes, quadrillent toute la région, érigent des barrages sur les principaux axes. Des officiers de police ou des administrateurs désertent les districts concernés et leur laissent carte blanche et place nette. Les juges, les avocats, les enseignants, les hommes d’affaires, bref tout ce qui représentait l’ordre précédent, doivent fuir massivement.

Le régime du Pakistan avait cherché à amadouer les talibans en passant avec eux un accord, pour l’application de la charia dans les zones rebelles. Cela s’est traduit par la reconnaissance de tribunaux islamiques et une application « soft » de la charia, contre un cessez-le-feu et la stabilisation du front. Mais la politique de gribouille, (amadouer l’adversaire en mettant en œuvre la politique qu’il souhaite) n’a jamais eu d’effets positifs. Les autorités reconnaissent que c’était une énorme erreur, qui n’a fait que doper les talibans, puisque le gouvernement cédait devant leurs exigences. On ne négocie pas avec le diable, surtout en entrant dans son jeu.

Les dirigeants multiplient les erreurs. Après avoir arrêté à Islamabad l’imam de la mosquée rouge, taliban enragé, ils viennent de le libérer et il a aussitôt, dès son premier prêche, demandé l’application de la charia. Ses partisans font venir pour l’écouter du monde de tout le pays, en leur fournissant transport et nourriture et en jouant les pauvres contre les riches.

Finalement, il n’y a pas seulement le risque international, dans une région qui n’a pas besoin de déséquilibres supplémentaires. Il y a aussi le risque nucléaire. Peut-on imaginer Al-Qaïda ayant ainsi un accès à l’arme nucléaire ? Cela représente tout de même 60 ogives : de quoi faire de dramatiques dégâts. Il y a quinze ans qu’Al-Qaïda cherche à avoir la bombe.

Mais au-delà de ce risque majeur, il y a un autre drame qui se joue, cette fois pour la population locale. Sait-on ce que signifie la prise de pouvoir dans les régions par les talibans ? Appliquer la charia, comment cela se traduit-il ? D’abord, ils ont ordonné la fermeture des écoles de filles. Ensuite, ils ont décidé que la musique serait interdite, car contraire à la loi coranique. Cela ne suffit pas. Il faut aussi entrer dans les détails de la vie de chacun. Par exemple, ils vont dicter la bonne longueur de la barbe des hommes. Des règles précises et contraignantes diront ce qu’il faut faire pour les femmes et les enfants.

Où est alors la liberté personnelle ? Les droits fondamentaux ? La dignité de la personne ? Que disent nos bonnes âmes, toujours prêtes à bondir pour dénoncer le sort injuste fait dans les démocraties aux prisonniers ou aux coupables. Une femme, un enfant, ne méritent-ils pas autant d’attention, sinon plus, qu’un prisonnier de droit commun ? Ce silence est coupable. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.


Le 13 mai 2009

   
 

 

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