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C’est une enquête qui a lieu à intervalles
réguliers, tous les neuf ans, depuis 1981, à l’aide d’entretiens longs et détaillés
(une heure et demie par personne), auprès de plus de 3 000 personnes. L’idée
est d’interroger les Français sur leurs « valeurs » et d’observer les
évolutions de celles-ci tous les neuf ans. Les résultats de l’enquête 2008 viennent
d’être rendus publics, notamment par Le Monde, et largement commentés. On y trouve tout d’abord un « palmarès
des valeurs » : on demande aux Français ce qui leur semble très ou assez
important. En tête, la famille, avec 97% (96% en 1990) : valeur sûre par
excellence, même s’il peut y avoir ambiguïté sur la signification de ce mot pour
certaines personnes interrogées. Puis le travail : 94% (au lieu de 92%) :
résultat rassurant après des années de mesures dénigrant le travail (à commencer
par les 35 heures). Ensuite les amis et les relations : 90% (contre 86%),
puis les loisirs : 84% contre 79%, en progrès, mais dix points en dessous
du travail. La religion est en léger progrès : 45% au lieu de 42%, et se
situe devant la politique, la plus déconsidérée : 38% (mais elle progresse
aussi, étant à 32% en 1990). Autre élément intéressant, les comportements
réprimés ou admis : la note peut évoluer entre 1 (la situation n’est jamais
justifiée pour les Français) et 10 (elle est toujours justifiée). Ce qui est largement
condamné (presque jamais justifié donc), c’est voler une voiture (note :
1,33), consommer de la drogue (1,98), tricher dans sa déclaration d’impôts (2,48,
donc plus condamnée qu’en 1981 où la note était de 3,22) et ne pas payer ses billets
de train (2,61). En revanche, au dessus de 5, donc une majorité
plus proche de justifié ou toujours justifié : l’homosexualité (5,51, beaucoup
plus admise donc qu’en 1981, 3,16), l’avortement (5,66 au lieu de 4,89), le divorce
(6,46 contre 5,31) et surtout l’euthanasie (6,55 contre 4,71) : on est donc
dans une société beaucoup plus « permissive » qu’il y a trente ans,
admettant plus facilement ces derniers thèmes. On notera notamment que le respect
de la vie (donc la condamnation de l’euthanasie ou de l’avortement) est beaucoup
moins soutenu par les Français que le respect de la propriété (vol de voiture,
non paiement des billets de train), ce qui est intéressant pour la propriété,
mais plus consternant pour ce qui touche à l’intégrité humaine et la vie (Le Monde
parle au total de banalisation du « libéralisme des mœurs » ; laxisme
serait selon nous un mot plus approprié que libéralisme). Autre question qui marque une inversion
forte des valeurs : quelle doit être la priorité, la liberté ou l’égalité ?
La liberté a longtemps été en tête (53% en 1981 contre 32% pour l’égalité), puis
les valeurs se sont rapprochées (48% liberté et 42% égalité en 1990 ; 49%
liberté et 42% égalité en 1999) avant de s’inverser en 2008 : 57% égalité
et 40% liberté : trente années de socialisme ouvert ou rampant sont passées
par là, formatant les consciences. Ce n’est plus la liberté ou la mort des révolutionnaires,
c’est l’égalité ou la mort : plutôt égaux que libres ! Intéressante aussi la question de l’écologie.
Face à l’affirmation « nous allons bientôt vivre une catastrophe écologique
majeure », 87% des Français répondent d’accord et 10% seulement pas d’accord :
les campagnes écologistes, les discours de Hulot ou de Borloo, les films d’Al
Gore ont porté. Mais la seconde affirmation vient aussitôt nuancer : « Le
génie de l’homme permettra que la terre reste vivable » : oui, 48%,
non 48%. Autrement dit, la moitié des Français croient à la capacité adaptative
et imaginative de l’homme, qui surmontera la crise écologique comme les autres
crises. Notons encore un dernier sujet, celui du
travail : « pour développer pleinement ses capacités, il faut avoir
un travail » : oui, 78% ; « travailler est un devoir vis-à-vis
de la société » : oui, 73% (contre 56% en 1999) (intéressant si par
devoir on entend rendre service aux autres, comme sur un marché) ; « les
gens qui ne travaillent pas deviennent paresseux » (59%) ; « c’est
humiliant de recevoir de l’argent sans avoir à travailler pour cela » :
oui, 47% (contre 44% en 1999) : l’assistanat est donc loin d’être plébiscité ;
enfin, « le travail devrait toujours passer en premier, même si cela veut
dire moins de temps libre » : oui, 42% (contre 34% en 1999) : il
est loin le temps des 35 heures et de la retraite à 60 ans. Au total, de quoi
nous faire réfléchir…
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