L’OCDE VEUT QUE LA FRANCE AMPLIFIE LES REFORMES


L’OCDE vient de publier son traditionnel rapport annuel sur la France. Bien entendu, comme toujours -on sait vivre à l’OCDE- le rapport commence par quelques compliments en saluant les chantiers de réforme ouverts depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, rappelant  qu’aucun secteur n’était intouchable. Bref, des réformes « significatives » sont en marche. Ceci étant dit, l’OCDE passe ensuite aux choses sérieuses. Les critiques viennent lorsqu’on passe au coût et surtout à l’efficacité des réformes, jugées beaucoup trop faibles et timorées.

C’est d’abord la question de l’assainissement budgétaire qui est mise en avant. Bien sûr, l’OCDE reste politiquement correcte en disant que ce sera une priorité dès la reprise de la croissance, ce qui est une absurdité : c’est une priorité immédiate et une condition de la croissance. Mais le diagnostic est clair : il faut réduire le déficit public, éviter à tout prix les hausses d’impôts et donc, conséquence imparable, réduire fortement les dépenses publiques. Sous-entendu : ce qui est fait actuellement (ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux par exemple) n’est qu’un petit hors-d’œuvre.

L’OCDE rappelle qu’en trente ans, les dépenses publiques en France sont passées de 44,6% du PIB à 52,4%, record d’Europe. Mais surtout l’OCDE conteste les prévisions du gouvernement en matière de déficit : l’ensemble des déficits publics passera cette année à 6,7% du PIB et en 2010, c’est déjà demain, on devrait atteindre 8,3% du PIB ! On en était à moins de 3% en 2007 et on devait revenir bientôt à l’équilibre : nous voilà à presque trois fois le maximum autorisé par les traités européens ! L’OCDE précise donc qu’il faudra non seulement s’attaquer aux dépenses de l’Etat, mais aussi à celles de la sécurité sociale et des collectivités locales.

Autre sujet sensible, le marché du travail ; Il faut réduire sensiblement le coût du travail pour les moins qualifiés. Comment ? « En agissant plus directement sur le salaire minimum ». Autrement dit, pas question de tourner autour du pot en réduisant le coût salarial (par les charges) sans toucher au sacro-saint salaire minimum : c’est lui qui est en cause désormais. Autre élément sur le marché du travail, assouplir la législation sur les licenciements, ce qui ne va pas tout à fait dans le sens des discours politiques et syndicaux actuels. Et faire travailler plus les Français, notamment au-delà de 60 ans, avec des incitations à travailler et un relèvement de l’âge légal de la retraite. Le taux d’emploi des jeunes est également jugé insuffisant, tandis que l’OCDE trouve que les Français ne travaillent pas assez : voilà qui fera plaisir à la dame des 35 heures !

Du coté des entreprises, il faut améliorer leur compétitivité, notamment par une diminution globale des charges. Et aussi mettre fin aux aides ciblées, pour alléger les impôts : exit les politiques interventionnistes de subventions. On n’est plus tout à fait dans les compliments du début. Il en va de même pour la concurrence : il faut aller beaucoup plus loin et développer celle-ci. C’est ainsi que l’OCDE propose d’abroger totalement les lois Royer-Raffarin et de supprimer-enfin- les barrières à l’entrée dans les professions fermées. Il est vrai que 50 ans après le rapport Rueff-Armand et en dépit du rapport Attali, on en est en gros  au même point : la France protège toujours autant ses professions fermées.

Autre proposition qui fera plaisir aux grévistes professionnels des universités, qui se plaignent de la privatisation et de la concurrence : aller beaucoup plus loin dans l’autonomie des universités, pour leur budget, les rémunérations, mais aussi pour la liberté des droits d’inscription et la possibilité de sélection des étudiants. D’ici à ce que les étudiants défilent devant le siège de l’OCDE, il n’y a pas loin…

Toutes les mesures interventionnistes sont passées au crible, car elles ont un coût élevé, ne provoquent en général que des effets d’aubaine, donc ne servent à rien. Elles sont en outre souvent détournées de leur objet. Nouvelle critique de l’interventionnisme.

Pourtant l’OCDE est un organisme bien modéré, proche des gouvernements, assez politiquement correct. Faut-il donc que la situation soit terriblement dégradée et montre un étatisme forcené pour que l’OCDE prenne ainsi le risque d’être traité d’ultralibérale ! Ce n’est pourtant que du simple bon sens.


Le 7 mai 2009

   
 

 

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