GAZ A EFFET DE SERRE : FAUT-IL ABATTRE LES VACHES ?


La question du réchauffement climatique agite beaucoup les scientifiques-qui ne sont pas tous d’accord-, les écologistes et les hommes politiques. De nouvelles négociations internationales vont s‘ouvrir sur ce thème. Beaucoup mettent en avant les gaz à effets de serre, dont une partie vient de l’activité industrielle, transports, énergie fossile, déforestation, etc. Mais d’autres pensent que les cycles de gaz à effet de serre sont d’abord liés à des mouvements de longue période comme les phénomènes glaciaires. Et l’essentiel de l’effet de serre est d’origine naturelle, avec en tête le rôle majeur de la vapeur d’eau et des nuages.

Un aspect intéressant de la question, en même temps qu’humoristique, est la question du rôle du méthane dans ces phénomènes, étant entendu que l’impact sur l’effet de serre d’un kilo de méthane (CH4) est 23 fois plus fort que celui d’un kilo de CO2 (dioxyde de carbone). Un article du Monde 2 attire l’attention sur un aspect original de la question. Notre confrère rappelle que chaque jour une « honnête laitière normande », dans une prairie, produit en moyenne selon l’INRA 400-600 libres de méthane et 600-900 litres de gaz carbonique.

Si on tient compte du cheptel mondial, cela donne 900 milliards de tonnes à l’année, soit 18% des émissions totales de gaz à effet de serre selon la FAO. Comme le dit Le Monde 2, la vache est une vraie usine à gaz. Ce magazine n’hésite pas à entrer dans les détails les plus intimes, qui sont édifiants. Car, contrairement à une idée reçue, « la vache pète très peu et rote beaucoup ». Bref, elle ne flatule pas, elle éructe. Les savants ont calculé que 95% de son méthane (CH4) était émis par l’avant et 5% seulement par l’arrière. Voilà qui change la face du monde.

Le Monde 2 entre dans des détails techniques que nous épargnerons à nos lecteurs ayant l’âme sensible. C’est un problème lié au système digestif des ruminants.. Toujours est-il qu’il y a là une grave atteinte à l’environnement, puisque cela contribue grandement à l’émission de gaz à effet de serre, donc, parait-il, au réchauffement de la planète. D’où la question angoissante : pour protéger l’atmosphère, « devra-t-on réduire le troupeau, manger moins de viande ou instaurer des quotas sur le yaourt ?». Mais c’est compter sans l’imagination des hommes en général et des scientifiques en particulier.

Ainsi Le Monde 2 nous apprend que l’INRA a constaté qu’un apport de 6% de lipides issus de la graine de lin dans l’alimentation du bétail diminue la production de CH4 de 27 à 37% ! Mais à l’université de Dublin, on a remarqué que l’introduction dans le fourrage de 2% d’huile de poisson, qui est riche en oméga-3, provoque une baisse importante de CH4. Mieux encore, aux Etats-Unis on a réduit de 20% les émanations de méthane dans une porcherie en arrosant le sol d’huile de graines de soja.

Les Australiens ont débloqué 15 millions pour lancer un programme de recherche, tandis qu’un nouveau rapport sur le réchauffement climatique suggérait de consommer plutôt du kangourou, qui, apparemment, n’a pas les mêmes problèmes digestifs que les vaches. Enfin, une université galloise (les universités françaises semblent moins imaginatives, peut-être trop occupées à chercher comment empêcher le bon déroulement des cours) préconise l’usage de l’ail pour diminuer de moitié la production de méthane chez les ruminants. Nous nous dispenserons de tout commentaire sur les résultats olfactifs de l’opération.

Au-delà de l’aspect ludique de cette information, nous nous posons quelques questions simples. D’abord, il apparaît clairement que la responsabilité de l’homme dans l’évolution des gaz à effet de serre n’est pas unique et que le phénomène est sans doute plus compliqué qu’une écologie un peu trop simpliste le laisse entendre. Sans parler des liens entre cette évolution et le réchauffement. Mais surtout nous voyons dans ces anecdotes une formidable raison d’espérer. L’homme a une imagination sans limite ; s’il est capable de régler les problèmes des effets indirects de la digestion des ruminants, il sera bien capable de régler les problèmes des émissions industrielles ou des moyens de transports : question de temps, de moyens, d’imagination. Or les économistes savent bien que si l’on veut résoudre un problème de ce type, c’est simplement de liberté dont l’économie a besoin. Voilà pourquoi nous croyons plus pour ces questions à l’écologie de marché qu’à l’écologie politique.


Le 7 mai 2009

   
 
  

 

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