EUROPÉENNES : C’EST (MAL) PARTI


Les élections européennes auront lieu en France le dimanche 7 juin, soit dans à peine un mois. La campagne peine à démarrer, alors que les enjeux sont importants, puisque de plus en plus de décisions passent par Bruxelles et Strasbourg. Les partis ont eu du mal à constituer les listes et à réaliser que le parlement européen ne servait pas uniquement à recaser ceux qui avaient échoué à d’autres élections. Le PS en reste pour l’instant à la politique politicienne, entre les appels permanents à la repentance et au pardon de Ségolène Royal, qui semble aimer les sketchs à répétition, et la main tendue de Hollande à Bayrou. Le Pen laisse parler sa fille, qui accuse surtout les autres partis de jouer l’abstention et affirme que le FN est seul à mener campagne.

Plus intéressantes sont les dernières déclarations de l’UMP, du Modem et du MPF. Du coté de l’UMP, le président a donné le ton : il fait campagne, comme on l’a vu à Nice, sur le thème de la sécurité, et de la lutte contre les voyous : c’est un vrai sujet, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec les élections européennes : ce n’est pas un sujet de compétence communautaire. L’UMP a choisi comme slogan de campagne « L’Europe qui protège », distribuant tee-shirts, éthylotests et…préservatifs avec ce slogan, ce qui est du meilleur goût.

Mais qui protège de quoi ? L’insécurité, on l’a vu, est hors sujet. S’agit-il alors de la protection contre « l’invasion » des produits étrangers, voire des travailleurs ? Sans ce cas, l’UMP ressortirait une campagne protectionniste, centrée sur le « patriotisme économique » et, sinon la préférence nationale, du moins la préférence communautaire. Au moment où les grands pays, y compris au G20, ont semblé écarter les tentations protectionnistes, ce serait une orientation particulièrement mal venue. Le slogan en tous cas nous semble mal venu.

Le MPF de Philippe de Villiers joue sa survie et rappelle qu’il a été le champion du non. Il se réfère aux positions des Irlandais et du Président de la République Tchèque Vaclav Klaus, mais il semble ignorer que leur non est un non libéral, en faveur de l’ouverture de l’Europe, de la concurrence fiscale et sociale, tout l’inverse du souverainisme « à la française ». Après avoir réclamé la dissolution de la Halde, ce qui, là aussi, est un vrai sujet, mais hors sujet, le MPF retrouve ses accents nationalistes, demandant qu’on renoue avec « le protectionnisme » du traité de Rome, ce qui est une interprétation plutôt discutable. Il faut à l’Europe « un système d’écluses douanières » qui permettra à terme à l’Europe de « garder sa protection sociale », ce qui, vu l’état de nos finances sociales, est un objectif pour le moins contestable.

Enfin, en ce qui concerne le Modem, qui se veut depuis toujours le grand parti défenseur de l’Europe, ce n’est manifestement pas l’Europe libérale qu’il a choisie. Marielle de Sarnez réclame « un nouveau modèle européen », ce qui fait un peu constructiviste. Elle précise « une Europe sociale, solidaire et de l’entraide », alors que c’est l’absence de règles sociales uniformes qui fait le succès de l’Europe sur le plan économique. « L’Europe ce n’est pas seulement un marché, mais nous devons repenser notre modèle social, économique et durable ». Elle a oublié de dire citoyen, simple distraction sans doute.

Quant au leader François Bayrou il veut une Europe du « premier cercle » autour des pays de la zone euro, « avant-garde active et ouverte », non du prolétariat, mais de l’Europe, à deux vitesses sans doute. Mais surtout il réclame une harmonisation fiscale pour empêcher le « dumping social ».

Et l’Europe libérale ? Nous n’avons rien vu, rien entendu. Tous jouent sur la fibre protectionniste, souverainiste, sur l’harmonisation obligatoire, l’uniformisation fiscale ou sociale : ils n’ont donc rien compris à ce qui fait l’essence de l’Europe, sa diversité, ses libertés. Si l’Europe est malade, ce n’est pas de son économie, c’est de l’Etat, de Bruxelles, de sa bureaucratie, de sa volonté d’uniformiser. Si on veut sauver l’Europe, il faut qu’elle assume son rôle prioritaire de défenseur des libertés, pour rester une zone de libre-échange, abandonnant les politiques communes. C’est mal parti, en tous cas du côté des Français.


Le 6 mai 2009

   
 
  

 

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