APRES LES CANUTS, LES CAISSIERES…


On se souvient des canuts de Lyon qui cassaient les métiers à tisser en 1831, au moment de la révolution industrielle, au prétexte que ceux-ci allaient leur faire perdre leur emploi et créer du chômage. Ce thème de la « machine mangeuse d’hommes », comme disait Alfred SAUVY, revient périodiquement et on l’a vu resurgir il y a quelques jours à propos des caissières. Celles-ci, menées par certains syndicats, manifestaient en effet contre l’automatisation des caisses qui, c’est sur, allait supprimer 200 000 emplois.

C’est pourtant un phénomène très répandu à l’étranger, notamment en Allemagne, où de nombreux groupes de distribution ont expérimenté les caisses automatiques. C’est le client qui passe les produits devant le scanner et règle ensuite ses achats, une employée se tenant à distance pour intervenir si nécessaire, pour plusieurs caisses en même temps. D’après le Monde, qui rapporte ces informations, le succès a été tel que Metro a introduit ce principe dans 60 magasins. Cela évite de faire la queue et même les seniors, réputés plus réservés face à ces innovations, ont fait bon accueil au système.

Résultat concret : les prix baissent, puisque les coûts diminuent ; c’est un résultat bénéfique de la concurrence accrue dans le secteur de la distribution, qui oblige les entreprises à innover sans cesse. L’emploi n’en a pas souffert, d’abord parce que l’on a besoin de nouveaux personnels pour aider les clients « à manier les technologies du futur », ensuite parce que la baisse des prix a permis aux clients d’acheter autre chose, ce qui se révèle créateur d’emplois ailleurs. C’est la fameuse destruction créatrice chère à SCHUMPETER.

Manifestement, les informations sur ces effets bénéfiques ne sont pas parvenues jusqu’en France et des manifestations ont eu lieu juste avant les présidentielles devant plus de 70 grandes surfaces, en particulier à l’appel de la CFDT. La moitié des emplois devrait, selon elle, disparaitre dans ce secteur. C’est peut-être vrai, aussi vrai que la mécanisation de l’agriculture a faite disparaitre dans ce secteur 90% des emplois, et qu’il en a été ensuite de même dans l’industrie ; c’est maintenant le tour des services.

Pour autant, tous ceux qui travaillaient dans ces secteurs n’ont pas été réduits au chômage ; ils ont trouvé à s’employer ailleurs et ont permis la création de nouveaux produits et de rendre de nouveaux services aux clients. Dans un processus de baisse de prix, tout le monde est gagnant, à commencer par les clients, qui trouvent des produits moins chers et une circulation plus fluide aux caisses, qui peuvent toutes être ouvertes en permanence, mais aussi par les salariés, qui sont d’ailleurs les mêmes, qui vont trouver un emploi ailleurs. L’emploi sur place ne disparait pas d’ailleurs totalement, car il reste toujours au moins une hôtesse pour quatre caisses en fonction.

Mais d’autres formules techniques sont déjà envisagées, par exemple des pistolets automatiques permettant de scanner les produits au fur et à mesure qu’on les met dans un charriot ; dans d’autres cas, on met les produits sur un tapis roulant et on paie dans une borne automatique. A terme, des puces vont remplacer les codes-barres, ce qui simplifiera encore le passage aux caisses. Il ne faudra même plus sortir les produits des charriots. L’essentiel, comme le souligne Michel-Edouard LECLERC, c’est qu’il y a « une vraie demande des clients » pour des caisses de passage rapide. Certes, il faut en contrepartie que les actuelles caissières soient flexibles et s’adaptent à de nouveaux emplois, mais c’est le lot de tout le monde et la condition des gains de productivité dont chacun bénéficie.

La vie économique repose ainsi sur les gains de productivité, qui, certes, détruisent des emplois ici et maintenant, mais en créent demain ailleurs, tout en favorisant les baisses de prix. Au moment où chacun s’inquiète pour son pouvoir d’achat, c’est un argument non négligeable. A condition que les syndicats ne jouent pas une fois de plus de rôle d’élément conservateur, opposé à la moindre évolution. Oui, le monde bouge, même dans la distribution et chacun en bénéficiera à terme.

Le 26 avril 2007

 

 

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