AMERIQUE LATINE : L’AUBE D’UN NOUVEAU COMMERCE


En 1995 à l’initiative des Américains, l’ALENA voyait le jour. L’ALENA (NAFTA en anglais) est l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain, passé entre Etats-Unis, Canada et Mexique. Cet accord a eu beaucoup de succès et a dopé l’économie des trois pays ; c’était la première fois qu’un accord total de libre-échange regroupait un pays du « tiers-monde » avec des pays développés : le résultat a été bénéfique pour tous, et ni les Mexicains, ni les Américains, ni les Canadiens ne s’en plaignent.

Les Etats-Unis veulent étendre cette relation à l’ensemble du continent américain, nord, centre et sud (à l’exception de Cuba, en raison de son refus du marché et du libre échange). Il s’agit du projet de ZLEA, Zone de Libre-Echange des Amériques. Démocrates comme républicains approuvaient le projet, et la plupart des pays d’Amérique latine étaient intéressés, motivés par le succès de l’ALENA pour le Mexique. Une nouvelle fois, la preuve allait être faite que le libre commerce est un facteur de développement, en même temps qu’un facteur de paix ; nous l’avons très bien vu en Europe.

Mais c’était compter sans l’hostilité primaire de certains Etats contre G.W. BUSH et sans le combat « anti-impérialiste » de CHAVEZ et de ses amis.

Ceux-ci ont donc créé une ALBA (Alternative bolivarienne des Amériques) pour contrer le projet de ZLEA. Trois pays, le Venezuela, Cuba et la Bolivie, tous trois dirigés par des communistes ou néo-communistes, ont lancé en 2006 à La Havane un TCP (Traité de commerce des peuples), car, comme il se doit, en bon langage marxiste, le projet américain n’est pas celui des peuples, mais des monopoles et des multinationales.

Un an plus tard, les trois se retrouvent, accompagnés cette fois par le Nicaragua, converti à son tour au néo marxisme. Il s’agissait de fêter ce premier anniversaire du TCP, ainsi que le troisième anniversaire de l’ALBA. Commentaire du Figaro Economie : « Il s’agit de défendre en Amérique latine des normes de commerce international en rupture avec les accords classiques de libre-échange ». Des « normes qui privilégient la solidarité, l’insertion sociale, la lutte contre la pauvreté et qui s’inscrivent contre la ZLEA prônée par les Etats-Unis ».

Au-delà des formules grandiloquentes, il s’agit d’une part de s’opposer à tout ce qui vient des USA (l’impérialisme américain, bien sûr), d’autre part de refuser les règles classiques du libre-échange, celui de deux volontés libres qui se rencontrent en signant un contrat. Que peut bien être un « autre commerce » si on renonce au marché ? Nous ne voyons d’autre alternative que des relations d’Etat à Etat, comme on en a connu au glorieux temps du COMECON en Europe de l’Est. Peut-on parler de « commerce » ?

 L’ALBA repose d’ailleurs sur un jeu de mot, le sigle signifiant « aube » en espagnol : une aube nouvelle se lève. Résolument socialiste. La ministre cubaine de la production et des petites entreprises s’en félicite d’ailleurs, en présentant les 272 projets concrets de ce « nouveau commerce ». En réalité, cette utopie d’un nouveau commerce ne peut se concevoir qu’à partir des largesses du Vénézuela ; la manne pétrolière est redistribuée au sein du réseau. Le Venezuela est ainsi devenu le premier client de Cuba, qui surfacture d’ailleurs ses services. Le Venezuela accorde ainsi des subventions déguisées : faux contrats, faux prix. Les Cubains avaient déjà vécu du soutien de l’URSS, mais leur économie avait donc plongé avec elle. Le même sort les attend sans doute à plus ou moins long terme. En attendant, l’ALBA veut faire école ; elle a invité les « pays frères » des Caraïbes ; elle espère la venue de l’Equateur.

Pourtant, la plupart des autres pays préfèrent la perspective de la ZLEA et participent déjà aux (vrais) marchés communs locaux comme le Mercosur ou la Caricom. Quant au Brésil, il vient de signer un accord avec les USA sur les biocarburants.

C’est dire que cet « autre commerce » n’a aucun avenir. Il a en revanche un passé : celui des économies planifiées pratiquant la « division internationale socialiste du travail » : une façon pour les Soviétiques d’aspirer les richesses de leurs satellites, et d’empêcher les « partenaires » de se développer. Les communistes asiatiques ont eu l’intelligence de miser sur le marché ; pourquoi l’Amérique Latine sacrifierait-elle ses chances de développement ?

Le 11 mai 2007

 
   

 

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