SYNDICATS : COMBIEN DE DIVISIONS ?


Beaucoup de nos lecteurs ont apprécié l’éditorial percutant de Jacques GARELLO consacré aux syndicats. C’est un sujet important, sur lequel nous revenons par ailleurs dans un autre article à propos du rapport CHERTIER sur le dialogue social. C’est aussi un sujet d’actualité avec le Congrès de la CGT qui vient d’avoir lieu.

Cependant vous avez été nombreux, par courrier ou par courriel à nous interpeller sur les chiffres donnés par Jacques GARELLO, en particulier 5% d’adhérents dans le secteur privé, ce qui leur semblait bien faible. Non seulement nous maintenons nos chiffres, mais ils ont été confirmés il y a peu de jours dans un article du Figaro Magazine sur les syndicats « petits, puissants, mais fragiles ». La précision des chiffres est importante, parce qu’on ne dialogue pas de la même façon avec un syndicat dans un pays où le taux de syndicalisation est de 5% et dans un pays où il est supérieur à 80% ! On peut toujours discuter du rôle des syndicats, mais on reconnaîtra que cela ne signifie pas grand-chose de dialoguer avec des organismes divisés qui représentent, tous ensemble, 5% des salariés du secteur privé !

Le Figaro Magazine, sous la plume de Clémence DULAC, reprend les résultats d’un sondage réalisé par l’INSEE en 2003, ainsi que des enquêtes internationales. Il n’y a aucun doute : la France a le taux de syndicalisation le plus bas de tous les pays industrialisés : 8,2% en moyenne, tous secteurs confondus (publics et privés, actifs et retraités). L’évolution dans le temps est intéressante. Ce taux de syndicalisation était de 12% à la fin des années 80, de 17% au début des années 80 ; de 22% au milieu des années 60 et de 35% en 1949 : chute incessante.

Aujourd’hui il y a en France environ 2 millions de syndiqués,  dont plus de la moitié dans la fonction publique. Le taux de syndicalisation passe à 15,1% dans les trois fonctions publiques (d’Etat, hospitalière et territoriale, pour 5 millions de fonctionnaires). Il est un peu plus élevé (15,6%) dans les entreprises publiques et la sécurité sociale (pour un million et 180 000 salariés respectivement). Enfin, pour les 15 millions de salariés des entreprises privées, le taux est de 5,2%, ce qui est exactement le chiffre cité par Jacques GARELLO.

En moyenne en Europe, ce taux est de 50% dans le secteur public et de 25% dans le secteur privé. En 2001, le taux moyen, de 8,2% en France, était de 14% en Espagne, de 17% aux Etats-Unis, de 27% aux Pays-Bas, de 28% en Allemagne, de 31% au Royaume-Uni, de 69% en Belgique, de 82% en Suède et de 88% au Danemark : cela fait une sacrée différence.

L’article du Figaro Magazine explique également que tous les syndicats français surestiment leurs effectifs et y comptent aussi les retraités et même ceux qui ne sont que très partiellement à jour de leurs cotisations. Ainsi, sur 800 000 membres déclarés de FO, il y aurait 500 000 retraités.

Mais ce que montre le Figaro Magazine, c’est qu’avec une très faible représentativité, on peut avoir beaucoup de pouvoir. Il suffit de très peu de grévistes pour paralyser le pays, en particulier grâce aux transports. Il y a infiniment plus de journées de grèves dans le secteur public ou chez les fonctionnaires, surtout en proportion du nombre de salariés, que dans le secteur privé.

Mais Clémence DULAC insiste aussi sur « le faible degré de résistance des politiques. En France, une grève n’a jamais besoin de durer longtemps ni une manifestation d’être massive, pour que le pouvoir cède. Il arrive même qu’il le fasse avant que les syndicats ou l’opinion aient commencé à réagir ; tel fut notamment le cas pour l’autonomie des universités, le tabagisme, ou la remise en question des régimes spéciaux de retraite, autant de projets de loi qui furent retirés avant même d’être débattus ».

Bref, les syndicats français « ne subsistent aujourd’hui que de façon artificielle, grâce à des lois qui datent de l’après-guerre, de 1968 ou de 1982 ». Combien de divisions, les syndicats officiels ? Celles que leur prêtent les politiques. Les politiques craignent plus les syndicats que leurs électeurs. C’est un mauvais calcul : tôt ou tard les électeurs prennent leur revanche.

 

 

Le 4 Mai 2006  

 

 

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