QU’EST-CE QUI VA CHANGER EN POLOGNE ?

 

L’accident de Smolensk pourrait modifier constitution et diplomatie


La Pologne a vécu un drame assez terrible, qui a soulevé une légitime émotion et un élan de sympathie dans tous les pays. Cette nation polonaise est celle dont est sortie la libération de 1989, ancrées dans leur foi catholique « les divisions du Pape » ont vaincu le communisme. Paradoxalement c’est en se rendant à Kattyn, lieu du massacre par Staline de milliers de soldats et officiers polonais, que l’accident s’est produit. La Pologne n’en finit plus de payer son tribut au totalitarisme.

Aux obsèques du Président Lech Kaczynski, le Président Russe Dimitri Medvedev aura été le principal chef d’Etat présent, puisque les Occidentaux ont annulé leur voyage pour cause d’insécurité aérienne. Faut-il y voir le signe d’un rapprochement entre Varsovie et Moscou, amorcé précisément par cette invitation à Kattyn et la reconnaissance des crimes de Staline ? Certains le pensent sérieusement. Il est vrai que Poutine et son gouvernement ne cessent de reconstituer, pièce par pièce, le puzzle de l’Empire éclaté, tantôt par la force et l’intimidation, comme en Géorgie, Tchétchénie, tantôt par la diplomatie, fût-elle musclée comme vis-à-vis des Ukrainiens.

Toutefois, la disparition du Président n’est pas en soi facteur de révolution diplomatique, pour la bonne raison qu’en Pologne, comme en Allemagne ou en Italie, le Président n’a aucun pouvoir. Ce pouvoir appartient au Parlement, et surtout au premier ministre. Donald Tusk est l’homme fort de Varsovie. En matière économique il est plutôt libéral (bien qu’intéressé par les subventions agricoles de l’Union européenne). Il voudra accroître son pouvoir à l’occasion des nouvelles élections présidentielles qui auront lieu le 20 juin, en soutenant la candidature de Bronislaw Komorowski, appartenant à la Plate-Forme civique, aujourd’hui au pouvoir, parti sur lequel Tusk a la haute main. Tusk voudrait en profiter pour modifier la constitution, et limiter encore les attributions du Président pour les transférer au Premier Ministre.

Cela dit, il n’est pas dit que les sympathies de Donald Tusk aillent inconditionnellement à Moscou. Comme il est de tradition en Pologne, il se sent très atlantique et a choisi le bouclier de l’OTAN – ce qui avait rendu Poutine fou furieux, surtout à l’annonce d’installations de missiles sur le sol de Pologne. Mais la nouvelle stratégie militaire d’Obama pourrait inciter certains pays d’Europe Centrale à regarder de moins en moins à l’Ouest et de plus en plus à l’Est.

Le 28 Avril 2010

   
 
 
 

 

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