LA MEDECINE LIBERALE EN VOIE DE   DISPARITION

 

Un médecin sur dix s’installe en libéral, le rapport Legmann explique pourquoi


Missionné par le Président de la République, le docteur Legmann, président de l’Ordre National des Médecins, vient de remettre vendredi dernier son rapport. La mission était délimitée : il ne s’agissait pas d’analyser la profession médicale en général, ni encore moins les problèmes de la santé publique, mais de dire quels étaient les problèmes des médecins libéraux, considérés à juste titre comme des prescripteurs d’opinion à cause des rapports privilégiés qu’ils entretiennent avec leurs patients. En ce moment, l’Elysée a besoin de bons prescripteurs.

En fait, il n’y a pas de problème pour les médecins libéraux, dans la mesure où ils disparaissent en France.

Voici le chiffre le plus spectaculaire avancé par le docteur Legmann : sur 100 médecins qui s’installent, 10 seulement visseront une plaque sur le mur de leur cabinet. 67 préfèrent être salariés, d’un hôpital, d’une administration, d’un laboratoire pharmaceutique, d’une maison de retraite, et 22% vont se contenter d’être remplaçants pendant des années, organisant leur vie en fonction de leurs loisirs et de leurs revenus. «Aujourd'hui, il faut du courage pour s'installer, explique le rapporteur. Les jeunes veulent pouvoir bouger. Surtout, les offres salariales sont de plus en plus nombreuses et elles sont attractives, notamment pour les femmes ».

L’exercice libéral de la médecine n’est vraiment pas un cadeau financier ou fiscal. Financièrement, la rémunération annuelle d’un généraliste du secteur 1 (conventionné) est en moyenne actuellement de 75.000 euros. Là-dessus passe la fiscalité, de sorte que le revenu disponible de ce médecin est de l’ordre de 5.000 euros par mois : 4 fois le SMIC pour onze années d’études, et surtout pour d’énormes responsabilités, ce n’est pas cher payé. Les revenus des médecins sont plombés par les charges sociales qu’ils doivent payer, par les assurances complémentaires qu’ils doivent prendre. Les tribunaux, jusqu’à la Cour de Cassation récemment, font la chasse aux dépassements d’honoraires que certains ont pratiqués faute d’avoir une honnête gratification pour les consultations et les principaux actes. Ils ont de plus refusé de considérer les généralistes comme des spécialistes « omnipraticiens ».

Le deuxième point inquiétant du rapport Legmann est la prise de conscience du désert médical français. La densité semble suffisante dans les seules régions d’Ile de France et de PACA. Avec environ 500 médecins pour 100.000 habitants. Mais le médecin de campagne n’existe pratiquement plus, et des départements ruraux comme la Moselle ou l’Eure ont moins de 200 médecins pour 100.000 habitants. Les effectifs sont en chute libre.

Les conclusions du rapport Legmann ne sont pas seulement économiques et sociales. Elles ont aussi une dimension éthique. C’est de la survie d’une médecine libre et responsable qu’il s’agit. Pousser les médecins au salariat c’est accepter la socialisation de la santé, et se rapprocher progressivement du système anglais : le médecin fonctionnaire. C’est en refusant la liberté des honoraires, en codifiant les actes et les prescriptions que l’Etat, à travers la Sécurité Sociale, a étendu son pouvoir sur le corps médical. Quelques rares médecins attestent encore de la noblesse de leur art et de leur vocation de servir ; puissent-ils s’accrocher à leur liberté, et en être fiers. De leur côté, les libéraux défendront toujours la médecine libérale.

Le 21 Avril 2010

   
 
 
 

 

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