ONU : LA COMEDIE DES DROITS DE L’HOMME


Jean Yves Naudet

La scandaleuse mascarade de Genève n’a pas seulement déshonoré le triste dictateur de l’Iran, que certains diplomates continuent à considérer comme un « interlocuteur valable ». Elle n’a pas seulement ridiculisé certaines délégations, dont la nôtre, qui ont quitté la salle pour y revenir ensuite, donnant une certaine caution à ce « sommet » anti-raciste, comme si les excès d’Ahmadinejab étaient le seul dérapage de ce « Durban II ». Les dérapages étaient là dès l’origine : pourquoi avoir organisé une nouvelle mouture d’un Durban I qui en 2001 avait été marqué par l’antisionisme, et avait amené les Américains à abandonner la conférence, pourquoi avoir placé la conférence sous la présidence de la Lybie de Khadafi, avec deux vice présidences confiées à Cuba et…à l’Iran ? Durban II a surtout ridiculisé l’ONU, et nous pouvons saisir l’occasion pour voir comment la prestigieuse institution internationale œuvre avec persévérance pour les droits de l’homme et contre le racisme.

La précédente Commission des droits de l’homme avec à sa tête la représentante de la Lybie, avait été totalement discréditée par des pratiques douteuses. On avait donc décidé de la remplacer par un Conseil des Droits de l’homme, qui devait, paraît-il, mettre fin à ces dérives. Moyennant quoi, la nouvelle administration Obama avait annoncé revenir siéger dans ce Conseil. Il y a maintenait 36 mois que ce nouveau conseil existe.  

L’institution compte 47 Etats membres, élus par l’Assemblée générale de l’ONU. Elle fonctionne, dit Le Monde, « comme une tribune, dominée par une alliance d’Etats violateurs des droits de l’homme : pays de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), Cuba, Chine et Russie ». Le jeu a des règles simples : on s’allie entre dictatures et pays totalitaires pour former une majorité, dont la fonction est de blanchir les gentils (dictatures du tiers-monde) et de noircir les méchants (Occidentaux et Israël bien sûr). Et cela « qu’il s’agisse de stigmatiser Israël  et l’Occident, en épargnant les pires dictatures de la planète, de restreindre la liberté d’expression au nom de la défense des religions ou de défendre une vision différentialiste des droits humains ».

L’examen périodique universel, qui a lieu pour chaque pays tous les quatre ans, qui devrait porter sur un bilan complet des droits de l’homme,  est devenu une vaste comédie. Le souci principal tourne autour de l’agenda politique de l’OCI sur la Palestine et la diffamation de l’Islam. Sur dix sessions extraordinaires, cinq ont été consacrées au conflit israélo-palestinien. Et pas pour dénoncer l’absence de liberté pour les autres religions dans les pays islamiques. En revanche, silence radio sur le Tibet ou le Zimbabwe : on ne va pas contre le « sens de l’histoire ».

Bien entendu, on a attaqué la Suisse pour racisme ou la Grande-Bretagne pour la détention des prisonniers en Irak. Mais une subtile alliance a permis, grâce à un « dialogue interactif » et au soutien de tous leurs amis, à la Tunisie et à Cuba de s’offrir un concert de louanges. Et on se donne aussi des conseils entre amis : ainsi, en février, « l’Iran a conseillé à la Chine de continuer à censurer Internet », bien entendu dans le seul but de lutter contre la pornographie infantile (personne n’irait imaginer d’autres raisons à cette censure). Amical aussi le conseil donné à l’Egypte « d’appliquer avec discernement la peine de mort ».

Heureusement, il existait un système de « procédures spéciales », permettant à des experts indépendants d’examiner la situation dans un pays. Curieusement, les mandats des experts concernant Cuba, la Belarus, la RDC, le Tchad et le Liberia n’ont pas été renouvelés. Les pays africains ont une idée simple : on ne doit pas imposer un mandat (c'est-à-dire des experts) à un pays. Voilà qui règle agréablement la question : on n’ira inspecter que les pays qui le veulent bien. On peut être sûr que tous les Etats totalitaires vont spontanément accepter la visite d’experts indépendants !

Cette situation dramatique dépasse la question de ce conseil et pose le problème des grands organismes internationaux, à commencer par l’ONU elle-même. Ils sont dominés par des pays qui foulent aux pieds les droits de l’homme. Or ces organismes sont portés financièrement à bout de bras par les Occidentaux, pourtant montrés du doigt comme étant les seuls à ne pas respecter les droits de l’homme. Pourquoi nos gouvernants se prêtent-ils à cette comédie ? Pourquoi toutes les grandes âmes contestataires font-elles silence sur cette situation ubuesque ?


Le 22 avril 2009

   
 
  

 

Imprimer cette page