LES FRANÇAIS SE MEFIENT DE LA BOURSE


La crise actuelle, même si elle a pour origine le laxisme des banques centrales et les obligations faites aux banques de prêter à des ménages non solvables, a entraîné une vaste crise de confiance qui a des répercussions en bourse : les cours ont fortement chuté ces derniers mois. Le baromètre TNS Sofres pour les Echos et la Banque Postale montre une évolution inquiétante de l’opinion des épargnants par rapport à la bourse. Comme le dit notre confrère « les marchés les effraient de plus en plus ». Certes, de plus en plus de personnes se disent intéressées par la bourse, mais de plus en plus en ont peur.

A la question l’évolution de la bourse vous incite-t-elle à acheter des actions : 29% des actionnaires répondaient oui en juin 2007, 19% aujourd’hui ; 10% du grand public répondait oui en juin 2007, 6% aujourd’hui. L’épargne est à son point le plus bas depuis 2004 ; jamais aussi peu de personnes interrogées ont déclaré mettre de l’argent de coté. Dans l’ensemble des placements, quand on leur demande quels sont les placements risqués, 90% répondent les actions (contre 80% il y a 18 mois) et 77% les obligations. Il n’y a plus que 14% des gens qui pensent que c’est un bon moment pour acheter en bourse.

Tout cela n’est guère encourageant. Faut-il s’en étonner ? Bien sûr, il y a la crise : les gens ont moins d’argent, moins de pouvoir d’achat. Bien sûr, il y a la crise de confiance, qui touche aussi la bourse : le risque apparaît énorme et on ne parle que de la chute des cours. Mais il y a bien d’autres éléments. En effet, les Français pourraient se dire que la bourse a tellement chuté que c’est le moment d’acheter, au plus bas, et d’attendre la hausse des cours avec la reprise économique, qui viendra bien un jour.

Pourquoi ne le font-ils pas ? Le contexte d’argent « facile » créé par la faiblesse du  taux d’intérêt tue l’esprit d’épargne. Mais il y a encore le poids de la fiscalité, particulièrement lourde pour l’épargne en France – ce qui explique peut-être l’exil vers les « paradis fiscaux ».

Il y a surtout la pression énorme contre l’épargne : tous les discours incitant à la dépense, sur laquelle on mise sur la relance. La cigale est plus valorisée que la fourmi.


On entend même le couplet éculé sur la lutte des classes : seuls les capitalistes et les spéculateurs vont à la bourse, qui est un piège pour les travailleurs. Ajoutons la part de l’ignorance économique, qui fait de la bourse un casino. Investir en bourse, c’est bon pour les nantis, c’est un sport de riches.

Si les épargnants qui investissent en bourse savent être prudents, diversifier leurs risques et attendre des jours meilleurs (tant qu’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu) ils sont forcement gagnants : la rentabilité des actions sur une période longue, même comprenant des accidents comme ceux de 1929 ou 2001, se situe toujours entre 7 et 9%. L’économie française a impérativement besoin d’un retour à la bourse, elle est l’une des armes indispensables pour la vraie relance.


Le 22 avril 2009

   
 

 

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