IMPOTS LOCAUX : L’EXPLOSION


Nous l’avions annoncé : les nouvelles taxes, la hausse des cotisations sociales, l’explosion des dépenses publiques, puis des déficits publics et de la dette, tout cela n’était que le hors d’œuvre. La vraie hausse des impôts est encore à venir. Pour les impôts d’Etat, c’est pour demain. Pour les impôts locaux, c’est déjà pour aujourd’hui. Les informations que publie notre confrère Les Echos, à partir de l’enquête réalisée par le Forum pour la gestion des villes, sont en effet très inquiétantes, car c’est maintenant que les hausses ont été décidées, et la facture sera présentée aux ménages avec l’arrivée des feuilles d’impôts à l’automne, donc après les élections européennes.

Selon notre confrère, les hausses des taux d’impôts (taxe d’habitation et taxe foncière) sont en moyenne de 5,1% pour les 40 plus grandes villes de France et de 6,2% pour les départements. Comme le dit poliment Les Echos, «  les nouvelles équipes municipales emmagasinent les recettes pour financer leurs promesses. ».

On notera quelques belles performances. Pour les grandes villes, la hausse du taux de taxe d’habitation est de 17,7% (en un an bien sur) à Nice (et de 16,5% pour le foncier bâti). Elle est de 11,7% à Paris (merci, M. Delanoë ; quant à la taxe sur le foncier bâti, elle progresse à Paris de 47% ! Record battu), de 12,3% à Argenteuil, de 11,9% à Grenoble, de 11,2% au Havre, de 10,7% à Montpellier, de 10,3% à Metz, de 11,2% à Rennes. Le seul cas où il y a diminution (à Nantes, - 5%) est plus que compensé par la hausse de la taxe foncière (+14,3%). Les hausses les plus faibles sont à Toulon, à Reims et à Aix en Provence, où notre ami Gérard Bramoullé, adjoint aux finances, veille sur les contribuables. Commentaire des Echos « Au final, seules les villes de Reims, Aix en Provence et Toulon conservent une pression fiscale identique ou quasi-identique à celle de 2008 » (la seule hausse provient de la revalorisation -2,5%- par l’Etat de la valeur des bases, mais là les collectivités n’y sont pour rien).

Les départements ne sont pas en reste.  Les taux d’imposition entre 2008 et 2009 progressent de 30% dans les Hautes-Alpes, de 17,6% dans le Nord, de 16,9% dans le Cher, de 15% dans l’Ain, de 14,9% dans les Alpes-Maritimes, de 14,8% dans le Lot-et-Garonne, de 14,7% en Seine-Maritime, de 12,8% dans la Somme, de 12% en Indre-et-Loire ou encore de 11,9% en Ille-et-Vilaine ! Mais il n’y a pas que les impôts locaux sur les ménages. La taxe professionnelle se porte bien elle aussi (il faut bien en profiter avant sa suppression) avec +7,9% à Paris, 5,4% au Mans, 5,1% à Amiens, 4,8% à Lille, 4,6% au Havre, 4,2% à Boulogne-Billancourt, 4,1% à Rouen ou 3,8% à Rennes : de quoi encourager nos entreprises…

Faut-il s’en étonner ? Il y a là une conséquence claire du socialisme municipal (qu’il soit de gauche ou de droite) : toujours plus de dépenses, donc, forcément, toujours plus d’impôts. Promesses inconsidérées, démagogie, bureaucratie, mythe du service public, tout cela a contribué à cette explosion. Comme nous sommes après les élections municipales et cantonales, la logique du marché politique joue à plein : on augmente les impôts au début, on se calme à la veille de l’élection suivante, tout en inaugurant ce qui a été financé au début. Certes, il y a aussi des raisons conjoncturelles : face à la chute des mutations immobilières, donc des recettes fiscales qu’elles génèrent, il a bien fallu compenser en augmentant plus les autres impôts. Mais on aurait pu songer d’abord à réduire les dépenses et le périmètre des interventions des collectivités locales.

Mais comment ce socialisme municipal a-t-il pu se développer ? On est dans un système mi-centralisé, mi-décentralisé, cumulant les inconvénients des deux. Les collectivités dépendent beaucoup du bon vouloir de l’Etat, qui leur impose des dépenses (comme le RMI-RSA pour les départements). Mais en même temps on est loin d’une vraie décentralisation, car les collectivités locales ont peu de marge de manœuvre pour leurs impôts. Une vraie décentralisation les rendrait plus responsables et permettrait de faire jouer une vraie concurrence fiscale, à la baisse cette fois, pour attirer des résidents et des entreprises. G. Bramoullé a fort bien expliqué cela dans son livre « Finances et libertés locales- pourquoi l’explosion des impôts locaux- »  - Librairie de l’université d’Aix et IREF (2006).


Le 22 avril 2009

   
 

 

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