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Peut-il exister personnage plus rassurant
que Jacques Delors ? Certes, il est socialiste, mais enfin il vient de la
démocratie chrétienne, a travaillé avec Jacques Chaban-Delmas sous Pompidou, et
a aujourd’hui la réputation d’un sage, tirant le PS vers une social-démocratie
de bon aloi. Et pourtant, ses propositions, toujours poliment formulées, apparemment
tout en nuances, nous laissent rêveurs. Sa dernière interview au journal Le Monde
comporte plusieurs passages intéressants. Le premier porte sur la relance, dont
il approuve le principe, tout en souhaitant plus de relance par la consommation.
« J’aurais été partisan qu’on équilibre davantage les mesures de soutien
à la consommation et d’aide à l’investissement ». Mais c’est la suite qui
est passionnante : « Il y a un autre problème que personne n’ose poser :
pourra-t-on sortir de cette crise sans un petit peu d’inflation ? rebond de l’économie, compte tenu de notre endettement,
sans accepter provisoirement un peu plus d’inflation rampante ». D’abord, il y a tout le keynésianisme dans
ces phrases : plus de relance, plus d’inflation, pour avoir moins de chômage.
On passera de l’équilibre de sous-emploi à un équilibre de suremploi, pour parler
comme les keynésiens. Car pour Keynes, ou il y a inflation, ou il y a chômage ;
comme nous avons du chômage, créons de l’inflation pour le faire disparaitre.
Ensuite, Jacques Delors, que l’on avait pourtant connu partisan de la « désinflation
compétitive », devrait savoir que l’inflation rampante, cela ne dure pas
et cela se transforme vite en inflation ouverte : lorsque les vannes sont
ouvertes, plus rien n’arrête l’inflation ; c’est comme un dentifrice ;
il est facile de le faire sortir du tube, beaucoup plus délicat de l’y faire sagement
rentrer après. Mais le plus intéressant, c’est cette idée que l’inflation facilitera
« le remboursement des dettes ». Voilà un raisonnement d’une honnêteté
scrupuleuse : comme l’Etat augmente ses dépenses et provoque des déficits,
il vit à crédit, ce qui entraîne une charge lourde de la dette et devra être remboursé
demain. Pourquoi ne pas alléger cette charge en remboursant en monnaie de singe,
en monnaie dévaluée ? L’inflation entraîne une perte de pouvoir d’achat de
l’unité monétaire. Si l’Etat, comme c’est le cas actuellement, a une dette de
1400 milliards d’euros et si l’inflation est de 10% par an, par exemple, la dette
réelle pèse de moins en moins lourd, puisqu’elle s’allège de 140 milliards dès
la première année, et ainsi de suite. C’était la grande politique de Mais Jacques Delors a d’autres bonnes idées.
L’impôt inflation ne suffit pas. Pourra-t-on éviter d’augmenter les impôts, lui
demande le journaliste ? Réponse « Sûrement pas. L’impôt citoyen par
excellence, c’est l’impôt sur le revenu. Eluder la réflexion sur ce sujet constitue
une grave erreur, au moment ou il faut impérativement investir dans le social ».
Voilà l’impôt progressif soudain paré de toutes les vertus. Et il faut l’augmenter,
donc dépasser la progressivité actuelle qui s‘arrête à 50% (bouclier fiscal),
ce que pourtant même des cours suprêmes considèrent comme contraire aux droits
fondamentaux. Et il suffirait de lâcher le mot magique « un impôt citoyen »
pour que cela devienne moral ? C’est encore de la spoliation pure et simple. Modéré, Jacques Delors ? Que disait-il
en 1981, lui, ministre de l’économie, face à la nationalisation du tiers de l’industrie
et de 100% des banques, quand le PS courrait après le PC ? Rien. Il n’a pas
démissionné. Cela aurait pourtant été un comportement « citoyen ».
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