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Le sommet du G20 aura au moins échappé à
une tentation suicidaire : réhabiliter le protectionnisme. Certes, en novembre
dernier le mini sommet de Washington avait rappelé la nécessité de maintenir à
tout prix le libre échange mondial. Mais sait-on jamais, avec des gens qui voulaient
« refonder le capitalisme » dont la mondialisation est l’une des marques !
Aussi certains avaient-ils pris les devants et lancé une pétition contre le protectionnisme.
L’initiative est venue de la fondation Atlas
et de l’International Policy Network, mais près de 80 instituts et centres de
recherches leur ont emboîté le pas. Les rédacteurs de cette Nouvelle Lettre l’ont
signée. Nous l’avions d’ailleurs publiée sur le site de l’ALEPS www.libres.org pour permettre aux internautes
de la signer avant le 1er avril. Pour ceux qui ne l’auraient pas lu,
nous leur proposons de connaître ce texte. « Le spectre du protectionnisme réapparaît.
Il constitue toujours une politique dangereuse et irrationnelle, mais particulièrement
en temps de crise économique puisqu’il menace d’endommager l’économie mondiale.
La prémisse spécifique du protectionnisme est qu’il accroît la prospérité nationale
parce que l’État confère un pouvoir de monopole aux producteurs nationaux. Mais
comme des siècles de raisonnement économique, d’expérience historique et d’études
empiriques l’ont démontré, cette prémisse est totalement fausse. Le protectionnisme
crée la pauvreté, pas la prospérité. Le protectionnisme ne « protège »
même pas le travail ou les industries nationales ; il les détruit, en causant
du tort aux industries d’exportation et aux industries qui font appel aux importations
pour produire leurs biens. Augmenter le prix de l’acier en « protégeant »
les industries sidérurgiques locales ne fait qu’augmenter le coût de la production
de voitures et des nombreux autres biens fabriqués à partir de l’acier. Le protectionnisme
est donc un jeu dangereux. Mais le fait que le protectionnisme détruise
de la richesse n’est sans doute pas sa pire conséquence. Le protectionnisme détruit
surtout la paix. Voilà une justification suffisante pour tous les gens de bonne
volonté, tous les amis de la civilisation, de faire entendre leur voix avec force
contre le nationalisme économique qui est une idéologie du conflit fondée sur
l’ignorance et menée en pratique par le protectionnisme. Il y a deux cent cinquante
ans Montesquieu notait que « l’effet naturel du commerce est de porter à
la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes :
si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les
unions sont fondées sur des besoins mutuels ». Le produit du commerce international ayant
le plus de valeur est bien la paix. Le commerce international promeut la paix,
en partie en unissant des peuples différents dans une culture commune du commerce
– un processus quotidien d’apprentissage des autres : de leurs langues, leurs
normes sociales, leurs lois, leurs attentes, leurs besoins et leur talents. Le
commerce international promeut la paix en encourageant les peuples à tisser des
liens de coopération mutuellement bénéfique. Exactement comme le commerce unit
les intérêts de Paris et Lyon, de Boston et Seattle, de Calcutta et Bombay, il
unit aussi les intérêts de Paris et Portland, de Boston et Berlin, de Calcutta
et Copenhague – et des peuples de toutes les nations qui commercent entre elles.
Une large et rigoureuse recherche empirique soutient la proposition que le commerce
international promeut la paix. La deuxième guerre mondiale est sans doute l’exemple
le plus tragique de ce qui arrive lorsque cette proposition est ignorée. Le commerce international s’est effondré
de 70 % entre 1929 et 1932, en très grande partie du fait des droits de douanes
américains imposés par la loi Smoot-Hawley en 1930 et des droits de douanes fixés
en représailles par les autres nations. L’économiste Martin Wolf note que « cet
effondrement du commerce international a
été une
incitation à la
recherche de l’autarcie
et du Lebensraum, La preuve qu’un commerce plus libre favorise
la prospérité est tout simplement écrasante. La prospérité permet à des hommes
et des femmes ordinaires de vivre des vies plus longues et en meilleure santé.
Et avec des vies plus longues, en meilleure santé et dans la paix, les peuples
intégrés à l’économie mondiale ont plus de temps pour profiter d’une large gamme
d’expériences culturelles par le biais du libre échange. La culture s’enrichit
de contributions venant de tout autour de la planète, rendues possible par un
libre échange des biens, des services et des idées. Il ne fait nul doute que le
libre échange accroît la prospérité matérielle. Mais son bienfait le plus important ne se
mesure pas en termes monétaires. Ce bienfait, ce sont les vies plus libres, plus
épanouies, et moins susceptibles d’être abîmées ou anéanties par les atrocités
de la guerre. En conséquence, nous les cosignataires, joignons nos forces pour
demander aux Etats de toutes les nations de résister aux appels de la part de
ceux, cupides et à la vue courte, qui veulent élever les barrières au commerce.
En outre, nous les exhortons à faire tomber les barrières protectionnistes au
libre échange existantes. A chaque Etat, nous disons : laissez vos citoyens
profiter non seulement de vos champs, vos usines et vos génies nationaux mais
aussi de ceux de la terre entière. Les récompenses seront la prospérité, des vies
plus riches, et la jouissance de cette bénédiction qu’est la paix ». Le 8 avril 2009
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