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LA CHUTE DU COMMERCE MONDIAL Dans la crise actuelle, il y a ce qui compte
et ce qui ne compte pas. La question des bonus des patrons est une nouvelle de
peu d’importance et à relativiser. C’est une question qui relève des propriétaires
de l’entreprise, donc du libre contrat, et, en cas de mauvaise gestion, de la
morale économique élémentaire. En revanche, les informations que l’on commence
à recevoir sur l’évolution du commerce mondial en 2009 sont de première importance.
C’est le dynamisme des échanges commerciaux qui a longtemps tiré la croissance,
et c’est ce qui a empêché la crise de s’aggraver plus que ce que l’on observe. Mais ce secteur stratégique semble en train
de craquer à son tour. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) annonce en effet
que le recul des échanges devrait être de 9% en 2009. Ce serait la chute la plus
grave depuis la guerre. C’est dans les pays riches que le recul devrait être le
plus fort (au moins 10%), ce qui explique que la récession y soit plus forte qu’ailleurs
(dans l’ex-tiers-monde, la croissance du PIB s’est ralentie, mais elle reste positive,
en partie soutenue par les échanges). Jusqu’à maintenant, chaque année, la croissance
des échanges dépassait celle du PIB, ce qui veut dire qu’année après année la
part des exportations (et des importations) dans le PIB de chaque pays ne cessait
de progresser : mondialisation croissante. Cette année, ce sera l’inverse,
le recul des échanges sera plus prononcé que celui du PIB. Cela va tirer fortement
la croissance vers le bas. Ce recul rend encore plus nécessaire le
combat pour le libre-échange, et dans cet esprit nous diffusons la pétition d’Atlas.
D’ailleurs, Pascal Lamy lui-même, pourtant socialiste, qui dirige l’OMC, exhorte
les gouvernements à ne pas aggraver la situation en soutenant des entreprises
nationales défaillantes aux dépens de leurs concurrents étrangers. Or, selon lui,
et il a raison, le recours à des mesures protectionnistes « est en augmentation »,
ce qui « risque d’étouffer le commerce comme moteur de la reprise ». La lutte pour le libre-échange et contre le
protectionnisme est donc un des axes forts d’une véritable politique de reprise
économique. Ce serait autrement plus efficace que toutes les relances par la demande.
Mais la démagogie des gouvernements masque
cette réalité et on croit sauver l’économie en subventionnant nos entreprises
et en fermant nos frontières, ce qui ne fera qu’aggraver la crise. Puisque M.
Lamy est socialiste, il ferait bien d’expliquer cela à ses amis. En effet, le
PS vient à nouveau de s’entredéchirer sur cette question, à l’occasion de la préparation
de la campagne des européennes. Ce sera un des axes de leur campagne. Partagés
entre libre-échangistes et protectionnistes, les socialistes ont trouvé une fausse
solution de compromis dont ils ont le secret, en choisissant de parler du « juste
échange ». Maître-mot : la régulation du libre-échange. Il s’agit de
faire adopter des règles dans les relations commerciales, comme le respect de
normes sociales ou environnementales. C’est cela pour eux « le juste échange ».
En réalité, ces régulations sont le plus
sûr moyen de provoquer l’effondrement des échanges et de ruiner le tiers-monde
et les pays émergents. Les pays très développés de l’OCDE ont des atouts à faire
valoir, mais ils ne peuvent empêcher les autres pays, pauvres ou émergents, d’abattre
leurs propres atouts, par exemple leurs
faibles coûts en salaires ou en protection sociale ; les obliger à s’aligner
sur nous, c’est leur interdire tout commerce. Il en va de même à l’intérieur de l’Union
Européenne, au sein de laquelle le PS veut lutter contre « le dumping fiscal
et social ». C’est bien au contraire de la concurrence entre divers systèmes
fiscaux, sociaux et réglementaires que naissent aujourd’hui des échanges nombreux
et variés. Si tout le monde se ressemble, pourquoi échanger ? Très originale
aussi l’idée d’accroître le budget européen pour « rattraper graduellement
le mieux-disant en terme de salaire minimum » : voici donc le salaire
minimum fixé par Bruxelles ! Même s’ils s’en défendent, les socialistes s’alignent
donc sur le pire des protectionnismes et des interventionnismes. Ce qu’ils n’ont
pas compris, c’est que le juste échange, c’est l’échange libre. Le 8 avril 2009
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