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Le
Parlement tchèque a voté la censure contre le gouvernement Topolanek mardi soir
24 mars ; le jeudi 26, juste au moment où nous bouclions la Nouvelle lettre
précédente, le premier ministre démissionnait. Pourquoi revenir huit jours plus
tard, sur un événement en apparence mineur : des crises politiques, il y
en a partout et tout le temps. On savait déjà le parlement partagé ; l’investiture
avait été votée de peu, grâce à un ou deux transfuges ; ce qu’on voit aujourd’hui
est donc banal : quelques voix se sont déplacées en sens inverse et le gouvernement
est tombé. Ce n’est pas un événement planétaire. Et pourtant, il y a ce qui se
voit moins et surtout ce qu’on ne voit pas ! D’abord,
la République tchèque préside jusqu’à fin juin l’Union Européenne. Une Union sans
président donc désormais ou avec un président en sursis ou en survie. « Cela
n’aura pas d’impact sur notre présidence » a affirmé l’ex-premier ministre.
Certes, mais il est bien allé présenter sa démission au président Klaus. Celui-ci
doit donc désigner un nouveau premier ministre. Sans doute reprendra-t-il provisoirement
le même, pour expédier les affaires courantes, mais il faut aussi que le parlement
l’accepte. Si le parlement confirme son vote du 24, et cela trois fois de suite,
de nouvelles élections sont inévitables. Mais le président Klaus souhaite « une
solution rapide ». Ensuite,
il faut savoir que le président Obama va passer le 5 avril en République tchèque,
pour des entretiens avec les responsables européens. Pour voir un premier ministre
par intérim, alors qu’il y a des sujets importants, dont la question de l’implantation
d’un bouclier anti-missile dans le pays. De plus, l’ex-premier ministre a eu,
à juste titre nous semble-t-il, des mots très durs pour la politique économique
de relance keynésienne d’Obama : « Les Etats-Unis sont engagés sur une voie qui mène
à l’enfer ». Bonjour l’ambiance…Idem pour la représentation de l’Union au
G20. C’est devenu l’Europe des CDD ; ils étaient de six mois, les voilà raccourcis.
On en est aux intérimaires ! Autre
élément important, la divergence entre le président Klaus et son ex-premier ministre,
pourtant appartenant naguère au même parti. Mais Klaus trouve son ancien parti
(ODS), dont il a démissionné de la présidence d’honneur, trop politiquement correct
vis à vis de l’Europe de Bruxelles et de la bureaucratie européenne. Il a donc
fondé un nouveau parti. Et tous les observateurs pensent que la main de Klaus
est derrière la chute de Topolanek. C’est avec son accord que certains parlementaires
de son ex-parti ont voté contre le gouvernement. Ce qui est en jeu, c’est donc
la suite, les futures élections, et le débat entre un libéralisme fort à la Klaus,
membre de la société du Mont Pelerin, et un libéralisme plus tempéré, plus « centriste »
de Topolanek (sans compter l’opposition de gauche, qui compte les points). En
tous cas, la crise actuelle renforce le rôle du président Klaus. Et
si tout cela n’était pas l’essentiel ? Et si le véritable enjeu, celui qu’on
ne voit pas, était le traité européen ? Certes, il a été voté par la première
chambre. Mais le vote du sénat ne doit avoir lieu, théoriquement, que dans la
troisième semaine d’avril. Qu’en sera-t-il désormais ? La date sera-t-elle
repoussée jusqu’à ce que la situation politique s’éclaircisse ? Mais si vote
il y a, il suffit que sept sénateurs ODS changent de camp pour que le traité ne
soit pas ratifié. Et si le sénat vote, il faut encore la signature du président
tchèque. C’est donc peut-être avec le traité qu’on
est au vrai cœur du problème. Et cela alors que certaines ratifications ne sont
pas encore acquises ailleurs, avec le prochain referendum irlandais. Et si les
Irlandais, très touchés par la crise économique, disaient aussi non ? M.
Barroso, qui craint aussi pour son propre poste à l’occasion des élections européennes
de juin, commence à paniquer : « Je presse tous les leaders politiques
tchèques de ne pas prendre en otage le traité de Lisbonne ». Car il a compris
que si la ratification tarde en République tchèque, les Irlandais joueront la
montre pour retarder leur référendum. Le feuilleton du traité nous promet d’intéressants
rebondissements, sans compter, au milieu, le vote de juin dans tous les pays d’Europe
pour renouveler le parlement. Et si le traité revenait au centre du jeu électoral
européen ? Le 8 avril 2009
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