L’ONU DE PLUS EN PLUS REPRÉSENTATIVE



Il nous est arrivé de râler contre l’ONU, souvent paralysée et incapable de prendre une décision, peu respectueuse des véritables droits de l’homme : la Libye a présidé le comité des droits de l’homme et la Chine a trouvé grâce face à cette commission. On parle beaucoup de droits de l’homme à l’ONU, mais il ne fait pas bon critiquer les régimes totalitaires qui y sont admis avec les égards dus à leur rang. Un nouveau pas dans la mauvaise direction a été franchi avec l’actuel président de l’Assemblée générale, représentant du Nicaragua.

Il s’agit du père Miguel d’Escoto. Le site officiel de l’ONU, service de la communication, en fait une description digne des images d’Epinal, dont voici un extrait : « Inspiré par la vie et l’œuvre de personnalités telles que Léon Tolstoï, M. K. Gandhi, le docteur Martin Luther King et Dorothy Day, le père d’Escoto est un avocat du multilatéralisme et du respect du droit international, profondément attaché aux principes de la non-violence active, de la solidarité et de la justice sociale qui, alliés à un grand sens de l’éthique, forment le socle de ses activités politiques ». Saint Miguel d’Escoto, en quelque sorte.

Voici la réalité : ce prêtre est depuis longtemps un des hauts dirigeants sandinistes du Nicaragua. Il a été plusieurs années ministre des affaires étrangères. Jean-Paul II l’avait excommunié pour ne pas s’être mis en règle avec l’Eglise et ne pas avoir démissionné de son ministère. On se souvient de la forte image de Jean-Paul II, en train de réprimander un autre prêtre-ministre, à genoux devant lui à l’aéroport, Ernesto Cardenal. D’Escoto était à côté de lui et menait la guerre, au nom de la théologie de la libération, (condamnée par Jean-Paul II et par le cardinal Ratzinger), contre l’impérialisme américain. Ce grand pacifiste a notamment été prix Lénine : voilà qui en dit plus long que la biographie officielle de l’ONU.

Le revoici aux affaires, avec le retour des sandinistes au pouvoir et la présidence de Daniel Ortega. Il est donc à la tête de l’assemblée générale de l’ONU pour un an.  Il revient d’un voyage en Syrie et en Iran, où il a été frappé par le « grand respect » dont bénéficie Mahmoud Ahmadinejad, président iranien, « injustement diabolisé » par les Etats-Unis. Il est photographié avec lui, un bras autour de son cou. D’Escoto a défendu le programme nucléaire iranien, dont on connaît le grand pacifisme. Il conteste que le président iranien ait promis de « rayer Israël de la carte ». Comme nous l’avons tous vu proférer ces menaces, il faut croire qu’il y a eu un truquage des images par la CIA ou le Mossad. Bien entendu, cette haine d’Israël ne l’empêchera pas de préparer Durban II, prochaine conférence contre le racisme.

Il s’est aussi élevé contre le mandat d’arrêt de la cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar Al-Bachir, pour les crimes commis au Darfour. Pour lui, cette décision contribue à « approfondir la perception selon laquelle la justice internationale est raciste ». Que pèsent en effet les 300 000 soudanais morts, selon l’ONU elle-même, au Darfour ? Tout cela n’est qu’invention raciste occidentale. La preuve : « Qui en premier a soulevé la question du génocide ? Bush. Imaginez-vous Al Capone appeler la police pour dire qu’on a volé du lait au marché ». On imagine la tête des diplomates écoutant cette comparaison un peu osée entre Bush et Al Capone.

Bien entendu, selon lui, les Palestiniens sont victimes « d’apartheid ». A ce propos, Le Monde reconnaît qu’il « fait preuve, sur Gaza, d’un activisme parfois jugé excessif par la délégation palestinienne ». C’est dire… Bien sûr, les menaces de mort dont il fait l’objet sont nées « de rumeurs propagées par des diplomates israéliens ». 

Pour les Anglais, ses déclarations « sèment la discorde », pour les Américains, elles sont « bizarres » et pour l’ambassadeur de France « inacceptables ». Cela dit, Le Monde nous rassure tout à fait sur la suite des événements : « Beaucoup de diplomates, notamment occidentaux, attendent impatiemment la nomination du successeur de M. d’Escoto, qui sera vraisemblablement libyen ». Voilà en effet de quoi nous rassurer pleinement. Et dire que certains veulent sortir de la crise économique avec une sorte de gouvernement mondial calqué sur l’ONU ! Bon courage…

Jean Yves Naudet

Le 8 avril 2009

 

   
 
  

 

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