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Les
Américains, décidément incorrigibles, viennent de s’opposer à un droit à l’eau.
Voilà de quoi émouvoir Le Monde : à la une, et toute la largeur de la page
4 ! La drame s’est passé au cours du cinquième forum mondial de l’eau, tenu à Istanbul la semaine dernière. Avec 192 nationalités représentées, et 25 000 participants, ce forum était impressionnant, et comme il se doit en un tel cas, il s’est terminé par une déclaration ministérielle finale élaborée par 142 délégations (120 ministres étant effectivement présents). Malheureusement, pour certains participants, cette déclaration ministérielle finale « ne tire pas les conséquences de la publication du rapport de l’ONU sur les ressources en eau », indique Le Monde, est ainsi scandalisé que des ministres aient osé s’opposer à l’ONU, et il est surtout révolté par l’attitude de la délégation américaine. Quel
serait le délit commis par ces diplomates, appartenant pourtant à la nouvelle
administration démocrate ? C’est que la déclaration finale, à leur instigation,
n’a pas reconnu un « droit humain fondamental à l’accès à l’eau potable et
à l’assainissement ». Pourtant, Espagne, France, Pays-Bas, certains pays
d’Amérique latine se sont battus pour cela, au nom des nombreux morts causés par
le manque d’eau saine. Fureur de Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’environnement,
qui proteste contre cette non reconnaissance, pourtant liée pour elle à la question
des droits de l’homme. Les amis d’Obama seraient-ils insensibles ? Officiellement,
ils ont mis en avant l’impossibilité pour les USA de mettre en œuvre le principe
du droit à l’eau, la gestion de l’eau relevant des Etats confédérés. Le
débat de fond est évidemment plus fondamental. Personne ne discute l’importance
vitale de l’eau pour l’homme, les animaux, les cultures ; et d’une eau saine,
pour limiter au maximum les maladies. C’est en effet essentiel, vital même. Mais
que signifie un « droit à » l’eau (comme un droit au logement,
au travail, etc., les fameux droits sociaux, droits créances). Un droit naturel,
un droit de (comme un droit de propriété) ne vient pas en contradiction
avec un autre droit fondamental. Mais un droit à signifie une créance sur
les autres, pour réaliser ce droit et donc une remise en cause d’un droit fondamental.
Le Monde l’a compris, car il précise que le refus américain, « c’est surtout
la crainte que ce droit n’ouvre la voie à une obligation, pour les pays riches,
de financer l’accès à l’eau dans les pays pauvres ». Bien
entendu, la question de l’eau est vitale. Mais pourquoi la traiter autrement que
celle de la nourriture, tout aussi vitale ? Dans les pays de libre marché,
cela ne pose aucun problème et personne n’a sérieusement proposé de nationaliser
les boulangeries. Pourquoi en serait-il différemment pour l’eau ? Parce que
c’est une ressource rare ? Mais toutes les ressources qui servent à l’économie
sont rares ; l’économie ne s’occupe que des ressources rares. Et parce qu’elles
sont rares, qu’il y a une demande, il se met en place une offre. Il est vrai que
dans certains pays l’eau pure est insuffisante. Le marché est capable de susciter
de nouvelles techniques pour améliorer la qualité et la quantité d’eau. Vouloir
affirmer un droit à, c’est seulement une façon masquée de revenir à l’étatisme
et au socialisme. On l’a d’ailleurs bien vu lors de la discussion sur le rôle
des collectivités locales, sans doute mieux placées que l’Etat central pour gérer
les problèmes d’eau. « Certains Etats ne sont pas prêts à décentraliser cette
compétence » a-t-on déploré. Dans l’esprit des partisans du droit à l’eau,
est donc exclue la décentralisation au même titre que la privatisation.
Finalement,
ce rejet du droit à l’eau a mécontenté le
directeur du Plan Bleu (organisme du programme des Nations Unies pour l’environnement)
« Il y a une forte réticence à prendre conscience qu’elle doit de plus en
plus être considérée comme une ressource partagée et à raisonner de façon collective ».
Comment
lui expliquer que l’eau n’est ni une « ressource collective », ni « bien
public ». Pourrait-il admettre que
puisque la question de l’eau est un vrai problème, elle doit être traitée en question
économique, marchande et non politique, étatique.
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