ITALIE : LE FASCISME EST-IL DE RETOUR ?



Grand émoi chez les bonnes consciences du politiquement correct. En Italie, le parti de Silvio Berlusconi a fusionné avec « les postfascistes de Fini » (Le Figaro). Ainsi présentée l’affaire est choquante. Mais est-ce la vérité ? Le fascisme est-il de retour en Italie ?  Certes, dans l’immédiat après-guerre, avait persisté en Italie un Mouvement social italien (MSI), regroupant quelques vétérans de la « république sociale italienne », mais aussi beaucoup de conservateurs qui n’avaient rien à voir avec le régime mussolinien.

Mussolini était bien mort et l’Italie était heureusement devenue une démocratie. Le parti de Giorgio Almirante s’était alors peu à peu recentré, jusqu’à devenir progressivement un parti classique de droite. D’où un certain succès (56 députés en 1972). Gianfranco Fini, lui succédant, a accéléré cette « défascisation », abandonnant peu à peu toutes les références d’extrême-droite pour devenir un parti conservateur. Les électeurs l’ont bien compris, au point de lui donner en 1993  46% des voix à la mairie de Rome. A cette occasion, pour rompre avec le passé, Fini a dissout le MSI pour fonder l’Alliance nationale, troisième parti italien en 1996.

Leader d’une droite qui se veut moderne et réformiste, Fini, fort de ses succès électoraux, s’est rapproché de Silvio Berlusconi et a gouverné avec lui, y compris ces dernières années. Le pouvoir a achevé cette transformation, et, plus de 60 ans après la guerre, la question du fascisme ne se pose en rien en Italie, en dehors de quelques groupuscules nostalgiques. Gouvernant ensemble, assez proches sur bien des points, espérant un jour succéder à Berlusconi (77 ans), Fini (56 ans) et ses amis de l’Alliance nationale ont entamé un processus de fusion avec le parti de Berlusconi ; fusion achevée cette semaine. Le Parti du Peuple de la Liberté ainsi créé est une force considérable, proche de la majorité absolue des électeurs, qui constitue déjà le plus grand parti du groupe PPE au parlement européen. Où est le scandale ?

Pendant ce temps, que se passait-il à gauche ? Le parti communiste, longtemps le plus puissant d’Europe de l’ouest, s’est profondément transformé après la chute du mur de Berlin. Après plusieurs tentatives, plusieurs noms successifs et diverses coalitions, l’ancien PCI et ses divers alliés se transformaient en Parti Démocrate en 2007. C’est l’ancien communiste, ancien maire de Rome, Walter Veltroni qui a emporté l’élection à la tête du parti. Personne n’a crié au loup de voir un ex-communiste devenir leader de la gauche et secrétaire général du Parti démocrate.  Les élections générales de 2008 ont été marquées par l’échec de la gauche et la victoire de Berlusconi, mais si la gauche l’avait emporté, Veltroni aurait été premier ministre. Le PD est donc la première force d’opposition et Veltroni a dû démissionner après cet échec, mais le PD reste largement l’héritier de l’ancien parti communiste. Pour autant, on n’en fait pas un drame dans les médias italiens : avoir été communiste, cela s’oublie, avoir été fasciste, cela ne se pardonne pas.

Pourquoi donc deux poids, deux mesures ? Y a-t-il une hiérarchie à établir entre les totalitarismes ? Faut-il aimer Staline et haïr Hitler ? Nous, nous les haïssons tous les deux, ainsi que l’idéologie qu’ils incarnent et qui a inspiré leur inhumanité.

Ce qui se passe en Italie a évidemment son équivalent en France : on trouve normal que staliniens et trotskystes tiennent le haut du pavé, et soient aux commandes de tous les partis de gauche, PS compris, tandis que le Canard, Marianne et consorts se régalent du passé « vichyste » ou « fasciste » de quelques personnalités aujourd’hui de droite, jugées un peu trop gênantes. Cependant, il y a chez nous une différence avec ce qui se passe en Italie : en Italie les anciens extrémistes se sont convertis, alors que chez nous les extrémistes se radicalisent chaque jour un peu plus, et se raidissent dans les idéologies honteuses du passé.

Le 3 avril 2009

 

   
 

 

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