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Voici une affaire en apparence très claire.
Une Française, Florence Cassez, condamnée au Mexique à 60 ans de prison, crie
son innocence. Les médias s’enflamment pour elle et mettent en cause la justice
mexicaine, tandis que son père fait des démarches en sa faveur, ce qui est bien
naturel ; un père défend ses enfants. Le président la République devant,
par pure coïncidence, se rendre au même moment au Mexique, en fait un objet central
de son voyage, réclame des commissions mixtes pour étudier le cas, reçoit au retour
famille et avocats, après avoir plaidé sa cause auprès du président mexicain :
pour un peu, on se prendrait à comparer cette situation à un enlèvement comme
celui d’Ingrid Betancourt. Certains semblent regretter que le Président Sarkozy
ne l’ait pas ramenée dans son avion. Pour notre part, nous allons faire un aveu
d’ignorance : nous ne savons pas ce qui s’est passé. Mais nous n’avons pas
de raison a priori de mettre en cause la justice mexicaine (ce n’est pas un régime
totalitaire), ni les témoins qui ont accusé Florence Cassez. La prudence la plus
élémentaire nous autorise à avoir des doutes. Et à poser des questions. De quoi
était-elle accusée et pourquoi a-t-elle été condamnée ? L’affaire est grave
puisqu’il s’agit de complicité d’enlèvements, de tortures et d’extorsions de fonds. Il y a en effet à Mexico une bande spécialisée
dans le rapt des femmes et enfants de bourgeois aisés. Le dernier rapt a consisté à réclamer une
rançon pour la libération d’une femme et de son fils de onze ans. Ils sont retenus
dans un ranch. En attendant la femme a
été violée et soumises à des tortures psychologiques pendant deux mois. L’enfant
a été menacé. On lui a pris du sang pour faire fléchir le père. Le chef du gang
est identifié : Rafael Vallarta. Sa fiancée est Florence Cassez. Elle a été
arrêtée dans le ranch même de la détention par un commando de police, en même
temps que son fiancé. Elle affirme n’avoir été au courant de rien, bien qu’étant
dans le même ranch, tandis que les victimes affirment la reconnaître et l’accusent
non seulement d’avoir assisté aux sévices mais d’y avoir participé, en menaçant
par exemple l’enfant de lui couper l’oreille. La femme enlevée affirme publiquement avoir
reconnu cette voix d’origine française ; son fils fait le même témoignage ;
elle porte des accusations précises. Pourquoi mentirait-elle ? Elle peut
se tromper et son fils aussi. Elle peut aussi dire toute la vérité. Elle et sa
famille doivent vivre à l’étranger car ils craignent pour leur vie, d’autres membres
du gang n’ayant pas été arrêtés. Tout cela ne nécessite-t-il pas un peu de prudence,
surtout de la part du chef de l’Etat et de son épouse ? Certains sites sur
Internet, comme Sedcontra, se posent eux des questions et concluent à « une
manipulation exemplaire ». Certes, Nicolas Sarkozy a reçu au Mexique
des victimes d’enlèvements précédents. Et les représentants des mouvements « Le
Mexique uni contre la criminalité » et « Halte aux enlèvements ».
Nicolas Sarkozy leur a garanti que Florence Cassez purgerait le reste de sa peine
en France, les victimes refusant d’entendre parler d’une réduction de peine. Ce qui est sûr dans cette affaire, c’est
que le fiancé de Florence Cassez est bien le chef du gang et qu’il est passé aux
aveux. Ce qui est sûr, c’est que les représentants des victimes affirment qu’elle
aussi est coupable et que les témoignages n’ont pas varié. Ce qui est sûr, c’est
que la procédure judiciaire mexicaine a été régulière et que ce pays est en état
de droit. Ce qui est sûr, c’est que Florence était sur place pendant les événements.
Ce qui est également sûr, c’est qu’elle clame son innocence. Alors ? Il est
grave de maintenir un innocent en prison ; il est grave aussi de libérer
un coupable, faisant fi de la souffrance des victimes. Pour le moins, les médias
et le Président de la République se sont émus et mobilisés un peu vite. Une version
à sens unique a été présentée. Au minimum, laissons les spécialistes, les experts
et les juristes faire leur travail. Mais, manifestement, ce n’est pas l’affaire
Calas. Il est possible que la justice mexicaine ait vu juste. Dans ce genre d’affaire,
il faut se hâter lentement, s’informer sérieusement et ne pas crier au loup sans
savoir de quoi on parle. Car ce qui compte d’abord, ce sont les victimes.
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