CARDINAL MARADIAGA :
« L’ETAT N’EST PAS UNE ENTREPRISE »


On a beaucoup vu et entendu, dans les médias français, le cardinal Oscar Rodriguez MARADIAGA, du Honduras, en particulier parce qu’il vient de sortir un ouvrage sur la solidarité à l’échelon international (« De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin »). Il est devenu le chouchou des médias, qui  rappellent qu’il avait été présenté comme l’un des successeurs possibles de JEAN-PAUL II, sous-entendu comme le représentant de « l’aile gauche » de l’Eglise face au cardinal « conservateur » RATZINGER, devenu entre temps BENOIT XVI. Et comme il préside Caritas Internationalis, le voilà étiqueté comme « social », donc favorable à l’Etat, alors que Caritas est un organisme strictement privé.

Son entretien avec Martin HIRSCH dans Le Figaro permet d’y voir un peu plus clair. Les libéraux bondiront sans doute lorsqu’ils liront : « un des malheurs de notre époque est que la globalisation du marché, ce nouveau dieu, n’est pas accompagnée par une globalisation de la solidarité ». Mais il est vrai que JEAN-PAUL II lui-même avait parlé du « risque d’une idolâtrie du marché ». Rien de très nouveau donc sur ce point : pour l’Eglise, aucune réalité humaine, même bonne, ne doit être un absolu.

Deux points nous ont semblé plus novateurs. Le premier porte sur les échanges internationaux : « Mes conversations avec Pascal LAMY furent intéressantes, encore que vaines à ce jour. Aujourd’hui le commerce mondial est inégalitaire ; il n’est pas libre, contrairement à ce qu’on dit. Comment parler de libre commerce quand le protectionnisme protège les plus riches ? Presque tous les pays d’Amérique centrale ont signé le traité de libre commerce avec les Etats-Unis. Mais ceux-ci nous mettent des barrières. Ils sont protectionnistes. Et c’est un grand obstacle pour le développement. Il faut nous permettre d’exporter le peu que nous possédons ».

Et encore : Quelle réforme avez-vous suggérées à Pascal LAMY (Directeur de l’OMC) ? « L’égalité. On dit que les pays sont égaux dans les relations commerciales, mais ce n’est pas vrai. Quelques-uns sont plus égaux que les autres. Par exemple, les Etats-Unis ont interdit, voici quelque temps, l’importation du melon. Cela a été une tragédie pour nous, car c’est l’unique source de revenus pour trois ou quatre grandes usines de notre pays. Des milliers de personnes vont être au chômage ». On remarquera que pour lui, l’inégalité dans le commerce international ne vient pas de problèmes de taille (les « gros » et les « petits », les « impérialistes » et les autres,…) mais uniquement du protectionnisme. La suppression des barrières douanières devrait donc rétablir l’égalité. Le commerce égalitaire, c’est donc le commerce libre.

Autre thème, l’Etat : « L’Etat reste nécessaire, mais il faut redéfinir ses fonctions. Il n’est pas là pour fournir du travail, ce n’est pas une entreprise. Il s’est développé à partir de lui toute une bureaucratie improductive et corrompue. Les gens sont habitués à demander à l’Etat, et s’est instaurée une forme de passivité. D’autres formes d’initiatives doivent naître ». C’est exactement « l’Etat de l’assistance » dénoncé par JEAN-PAUL II.

Certes, d’autres déclarations du cardinal peuvent paraître ambiguës et exploitables par les socialistes de tous bords. Comme quoi, dans ce domaine si délicat des « autorités morales », il vaut mieux se reporter aux textes, aux déclarations qu’à la relecture biaisée qu’en font les médias. C’est d’ailleurs ce que nous ferons le moment venu, quand BENOIT XVI publiera son « encyclique sociale » sur la mondialisation : voir le texte lui-même plutôt que les commentaires de seconde main.

Le 30 avril 2008 

 
 
 

 

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