FMI : UN PLAN ANTIRECESSION TRÈS INNOVANT


Bien sûr, il y avait déjà eu, en avant première, les propositions de Dominique STRAUSS-KHAN, directeur général, dont nous avions fait état ; mais elles ne reflétaient pas encore le point de vue officiel du FMI. Désormais, c’est fait, le FMI a présenté officiellement ses prévisions (pessimistes) pour 2008 et 2009 et surtout ses propositions pour sortir de la crise. Les prévisions n’ont rien d’original : croissance mondiale en baisse (3,7% en 2008 au lieu de 4,2% dans la prévision précédente), 0,5% seulement aux USA, 1,4% en France (bien loin des espérances gouvernementales), mais toujours 7,9% en Inde et 9,3% en Chine : la crise n’est pas la même partout.

Le point intéressant porte sur les remèdes, ce que Le Figaro Economie appelle « un plan global anti récession ». Le FMI propose de mettre en place « trois lignes de défense, monétaire, budgétaire et d’aide publique aux marchés financiers ».

Sur le plan monétaire, voilà une grande innovation. Le FMI et ses experts « valident totalement les baisses des taux d’intérêt pratiqués par la FED américaine ». Par contraste, la BCE est montrée du doigt car « elle peut se permettre d’assouplir sa politique monétaire ». Certes, l’inflation actuelle est excessivement élevée dans la zone euro, mais « il est prévu qu’elle retombe en dessous de 2%, les perspectives de croissance étant de plus en plus négatives ». Il fut un temps où le FMI prêchait aux Etats la rigueur monétaire et la lutte contre l’inflation. Le voilà qui approuve ou appelle de ses vœux la baisse des taux d’intérêt et donc la création monétaire massive qui va avec : finie la gestion monétaire rigoureuse ; vive l’inflation et la relance keynésienne par les bas taux d’intérêt. Alors que la baisse des taux d’intérêt a inondé le marché de liquidités, accélérant l’inflation.

Sur le plan budgétaire, le FMI fait sienne la doctrine avancée il y a quelques semaines par DSK : « En cas de sérieux ralentissement de l’économie mondiale » affirme le FMI, et c’est le cas selon ses prévisions, « il serait envisageable de fournir une aide budgétaire temporaire dans une série de pays qui ont assaini leur situation au cours des dernières années ». Voilà cette fois la politique keynésienne de relance par les dépenses publiques ressuscitée. Une aide budgétaire temporaire, c’est exactement cela la relance par la demande globale, en l’occurrence par les dépenses publiques, tout à fait conforme aux canons keynésiens.

Ce qui est intéressant, par rapport aux propositions de DSK, c’est que le FMI donne la liste des heureux gagnants : l’Allemagne, le Canada, la Chine, plusieurs petits pays avancés, des pays émergents d’Asie de l’Est et d’Amérique latine, les pays exportateurs de produits de base du Moyen-Orient et d’Asie centrale. L’exemple de l’Allemagne, parmi bien d’autres, est intéressant : voilà un pays qui a eu des déficits budgétaires considérables, notamment à cause du boulet Est-allemand ; ce pays a fait des efforts énormes pour redresser ses finances publiques, en particulier sous les injonctions de Bruxelles. Voilà qu’on lui demande de sauver le monde en dépensant à tort et à travers de l’argent qui n’existe pas et en mettant à nouveau son budget, qu’elle a eu tant de mal à rééquilibrer, en déficit. Tout cela pour un effet nul sur la croissance, puisque jamais un déficit n’a relancé l’économie.

Enfin, troisième proposition du FMI : « compte tenu des risques d’interférence entre l’immobilier et les marchés du crédit », la troisième ligne d’action porte sur « l’utilisation du bilan du secteur public pour soutenir le secteur du logement et les marchés financiers ». Le langage du FMI vous échappe (Le Figaro parle poliment de « formule alambiquée ») ? Traduction du journal : il s’agit d’un « sujet tabou », « la nationalisation au moins temporaire des pertes du secteur privé ». Là, on atteint des sommets. Les ménages ont été imprudents ; les banques aussi. Aucune importance : l’Etat paiera la facture. La nationalisation, même temporaire, voilà une autre proposition innovante, jamais utilisée : cela vient de sortir.

Nous avons pour notre part une autre solution, fort simple. Fermer le FMI. Cela diminuera le nombre de sottises en circulation et cela fera quelques économies. Et en prime le parti socialiste pourra récupérer DSK.

Le 30 avril 2008 

 
 
 

 

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