REFORME DES PORTS : LA GREVE HEBDOMADAIRE DE LA CGT


Avec plus de quinze ans de retard, la réforme des ports français se poursuit. En effet, la précédente réforme datait de 1992 et elle concernait les dockers, dont l’activité avait été transférée à des entreprises privées, mettant ainsi en cause le monopole d’embauche de la CGT (closed shop) et conduisant à l’époque à 112 jours de grève ! La réforme était inachevée, car les grues et les portiques pour décharger les navires conservaient leur caractère public, dépendant des ports autonomes. Résultat : une absence totale de coordination entre entreprises (dockers) et services d’outillage (grutiers).

La multiplication des grèves et cette dualité de commandement public/privé a provoqué le déclin des ports français, dont la part de marché ne cesse de se réduire en Europe. La productivité est une des plus faibles et les coûts parmi les plus élevés. Il aura donc fallu seize ans pour qu’un nouveau projet de loi soit présenté, à l’initiative du secrétaire d’Etat aux transports, Dominique BUSSEREAU. Ce projet n’a rien de révolutionnaire, car il maintient le domaine portuaire public dans les mains de l’Etat. Mais la réforme vise à recentrer les ports vers ces seules activités qualifiées de régaliennes, les infrastructures, tandis que les terminaux et le personnel des activités de manutention seraient transférés vers le secteur privé. Cela devrait concerner environ 2000 personnes. A priori, cette privatisation devrait se traduire par des gains de productivité et une meilleure capacité à faire face à la concurrence étrangère : de quoi relancer nos ports.

Bien entendu, avant même que le projet de loi ne soit déposé, la CGT avait déjà appelé à une nouvelle grève le 26 mars, pour protester contre cette scandaleuse privatisation, ce libéralisme sauvage, etc. Mais, pour une fois, le gouvernement a semblé tenir bon (on verra si ces bonnes résolutions persistent) et le projet de loi a suivi son bonhomme de chemin. Il devrait être présenté à l’Assemblée nationale vers la mi-mai, après adoption en conseil des ministres. La CGT n’a pas l’intention de laisser faire, car, bien entendu, elle est plus à l’aise pour « faire ses affaires » et asseoir sa domination dans un système d’établissements publics qu’avec des entreprises privées.

La fédération nationale des ports et docks (CGT) a donc trouvé la bonne formule en instaurant la grève hebdomadaire : 24 heures de grève chaque semaine, à des jours variables suivant les ports pour achever la désorganisation générale, pour protester contre ce « plan de relance  des ports » comme l’appelle le gouvernement. Privatiser les activités de manutention comme cela existe dans le monde entier, quel crime en effet. D’ailleurs, la CGT a parlé d’une « réforme totalement idéologique » : privatiser, c’est idéologique, nationaliser, non.

Tout le monde est appelé à la grève, y compris les dockers et y compris les ports non concernés par la réforme. La CGT propose aussi de ne pas effectuer d’heures supplémentaires, de supprimer le travail de nuit trois fois par semaine, de faire une sorte de grève du zèle. Bref, selon la CGT elle-même, cela est de nature à « perturber sérieusement l’activité de sports ». Voilà qui va réjouir tous nos concurrents. La CGT avait déjà poussé les ports français vers l’agonie ; la voilà qui achève de les assassiner. Il sera intéressant de voir comment le gouvernement va réagir face à cette nouvelle agression.

 

Le 25 avril 2008 

 
 
 

 

Imprimer cette page