36 M² PAR JUGE FINANCIER


Cela fait partie de ces petites informations dont les médias ne font pas grand cas, et qui en réalité sont tellement symboliques qu’elles finissent par vous dégoûter de payer des impôts. En effet, un petit exemple vaut parfois mieux qu’une longue démonstration. Le pôle financier du tribunal de grande instance de Paris est actuellement logé dans un immeuble de la rue des Italiens, qui abritait autrefois le siège du journal Le Monde.

La chancellerie n’a pas prêté attention à la fin du bail et s’est occupée trop tardivement de son renouvellement, le bail expirant fin décembre 2007. Fin mai 2007, le propriétaire (indirectement les fonds de pension américains) ont donc signifié leur congé sans proposer de renouvellement. Puis ils ont proposé un renouvellement, mais avec une augmentation sensible du loyer (30%), conforme à la situation réelle du marché.

Le ministère a accepté cette augmentation, alors qu’il aurait pu sans problèmes faire déménager les juges concernés et le reste du personnel. Pourquoi ? Le directeur des services judiciaires, Léonard Bernard de la GATINAIS a expliqué au Monde qu’il était « hors de question de déstabiliser la justice financière de Paris, ce qui aurait entraîné des réactions ». Et Le Monde d’ajouter « Surtout en plein débat sur la dépénalisation du droit des affaires ». Si on comprend bien, les juges financiers auraient considéré un déménagement comme un exil, une brimade et il vaut mieux ne pas les contrarier.

Résultat, un nouveau bail a été signé avec le même propriétaire, au même endroit, le 31 mars 2008. Mais pourquoi les juges financiers sont-ils si attachés à cet immeuble ? On apprend – ce qui n’a sûrement rien à voir- que chaque personne de ce pôle financier dispose dans cet immeuble de 36 m², ce qui n’est pas mal pour un bureau. S’ils sont deux dans le même bureau (par exemple un juge et une secrétaire) cela doit donc faire 72 m². De quoi être à l’aise. La location atteint 4,5 millions d’euros, soit 600 euros au m². Le point intéressant, c’est que cette location revient à 25 200 euros par agent et par an, soit 2 100 euros par mois et par agent. Manifestement, les juges ne connaissent pas la crise du logement.

Voilà, souligne Le Monde, « les juges financiers chèrement logés ». La commission des finances du Sénat s’est inquiétée de la situation et a même consacré une audition aux investissements locatifs du ministère de la justice. Il faut dire que le bail a été signé pour au moins six ans. Du coup, les sénateurs se sont aussi intéressés au siège de l’inspection des services judiciaires, 1 100 m² place Vendôme : un million d’euros par an.

Voilà une petite histoire, en tous cas, qui nous réconcilie avec le fisc. Cela fait plaisir de payer des impôts pour loger le personnel de la justice dans des bureaux individuels de 36 m², digne d’un PDG de multinationale, et pour dépenser 2 100 euros par mois de loyer par agent. On savait les loyers élevés à Paris, mais tout de même ! Pendant ce temps, avec la réforme de la carte judicaire, le ministère déclare privilégier la « densification » ; traduction du Monde : « Il va falloir se serrer dans les tribunaux ». Manifestement, la réforme ne s’applique pas à tout le monde.

Le 25 avril 2008 

 
 
 

 

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