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La confusion des esprits est à son comble
en ce qui concerne l’entreprise. Le développement des fondations et
certaines déclarations maladroites de Muhammad YUNUS de passage à Paris
jettent le trouble sur le rôle d’une entreprise dans une économie de
marché. Cela conduit à confondre également ordre marchand et ordre communautaire.
La formule de FRIEDMAN est toujours d’actualité :
« Le rôle social de l’entreprise est de faire des profits ».
Le but de l’entreprise est externe : répondre aux besoins des clients.
L’indicateur de cette capacité à répondre aux besoins, c’est le profit.
Sur un marché concurrentiel, l’entreprise qui fait le plus de profits
est celle qui rend les meilleurs services ou les services à moindre prix
aux clients.
Dire que l’entreprise marchande ne répond
qu’à un objectif financier, et qu’elle oublie la dimension humaine de
l’économie, est absurde. L’entrepreneur veut certes maximiser son profit
et c’est son objectif personnel. Mais il ne peut le faire dans un monde
concurrentiel qu’en anticipant les besoins, en étant créateur de richesses
qui n’existeraient pas sans lui, en sachant utiliser l’information disponible,
en rendant un service auquel les autres n’avaient pas pensé. Ce faisant,
il contribue directement ou indirectement à résoudre de nombreux problèmes :
il répond aux besoins humains, matériels et immatériels, il crée des emplois,
il distribue des revenus. Il crée donc de la richesse, fait reculer la
pauvreté, contribue au bien-être de tous. C’est cela, l’entreprise. Elle est donc indissociable du profit et
si elle cherche un autre objectif, elle rendra des services de moins
bonne qualité ou moins adaptés aux besoins réels des clients. Ensuite,
l’entrepreneur peut décider, comme tout un chacun, de faire l’usage
qu’il veut de ses revenus. C’est là qu’interviennent philanthropie en
général et fondations en particulier. C’est, par exemple, ce qu’ont
fait Bill GATES ou Warren BUFFET. C’est une affaire de choix personnel,
de choix libre, de conscience. C’est le domaine de la gratuité, de l’ordre
communautaire, de la solidarité volontaire et privée. Mais Bill GATES
n’a pas fait la charité dans ses affaires ; il a vendu au vrai
prix ; il a cherché des profits ; il a gagné de l’argent ;
et ensuite il a décidé d’en faire profiter les autres, en choisissant
librement ses cibles, ses causes (c’est toute la différence avec l’impôt
et la redistribution forcée). Il pourrait même décider, s’il le voulait,
d’entrer dans un monastère et de tout donner aux pauvres ; personne
n’y aurait rien à redire.
Force est de constater que ce domaine de
la philanthropie et des fondations explose véritablement, surtout dans
les pays où l’Etat ne confisque pas l’essentiel du revenu disponible,
ce qui prouve bien que le marché n’efface pas l’attention aux autres,
l’altruisme, la philanthropie, la charité, la solidarité. Le marché ne
rend pas les hommes égoïstes. Il leur donne les moyens financiers de porter,
s’ils le veulent, attention aux autres. Même en France, les fonds philanthropiques
se développent, les fondations aussi, surtout depuis que la fiscalité
leur est plus favorable. 107 fondations ont été créées en 2007 en France,
30% de plus qu’en 2001 ; près de 4 milliards d’euros par an. En bénéficient
la santé, l’action sociale, l’art, la culture, l’éducation, le sport,
etc. Particuliers comme entreprises (c’est le libre choix des actionnaires
et de l’entrepreneur) dynamisent ce secteur. Cela n’a rien d’incompatible
avec le marché : chacun utilise ses gains légitimes comme il l’entend. Toute autre est l’idée que l’entreprise
en elle-même devrait être « sociale » et abandonner toute
référence au profit. Malheureusement, M. YUNUS, de passage à Paris,
a entretenu la confusion des esprits. Alors que son discours habituel
était que le principe du microcrédit était un élément de l’économie
de marché, et non d’une redistribution sociale, et donc que les organismes
préteurs devaient faire payer un vrai taux d’intérêt, veiller au bon
remboursement dans les délais et donc gagner de l’argent, le voilà qui
s’attaque, notamment dans un entretien au Figaro, au libéralisme ayant
« un seul objectif : gagner de l’argent ».
La logique de
ce type d’entreprise est donc selon lui « unidimensionnelle »
et le marché n’intègre pas les autres dimensions comme la lutte contre
la pauvreté ou la maladie. C’est contraire à la réalité : une entreprise
qui rend de vrais services fait indirectement reculer la pauvreté et peut,
directement, par exemple, rendre des services médicaux réduisant la maladie.
« Je plaide pour un système multidimensionnel où l’on trouverait
plusieurs types d’acteurs : ceux qui maximisent leur profit et ceux
qui veulent autre chose ». Ces derniers sont un nouveau type d’entreprise,
« l’entreprise sociale »
dont « l’objectif n’est pas de faire des bénéfices ». Il faudrait
donc, comme le titre Le Figaro « repenser le capitalisme ».
Il faut même « une régulation pour empêcher certains de détourner
le système et de faire sous le nom de business social une activité tout
à fait normale qui leur rapporte de l’argent ». En dépit de toute l’admiration que nous
avons pour YUNUS et son rôle de véritable banquier, il contribue ici
à la confusion des esprits. Une entreprise, dans l’ordre marchand, ne
peut fonctionner et rendre des services utiles que si elle recherche
le profit. Il paraît que Danone va distribuer des yaourts à fort contenu
nutritionnel aux enfants pauvres et que l’objectif de la société Grameen
Danone « n’est pas de faire des bénéfices ». Nous sommes curieux
de savoir comment elle va fonctionner à long terme et qui, en, dernier
ressort, va la financer. N’importe quelle entreprise privée peut faire
des yaourts à fort contenu nutritionnel en gagnant de l’argent. Mais
une entreprise « sociale » qui ne gagne pas d’argent, nous
ne savons pas comment elle fonctionne et quel indicateur lui permettra
de savoir si elle rend les bons services.
En réalité, ce que décrit YUNUS, ce n’est
pas une entreprise, c’est une association, une fondation, une ONG, un
club-service, une organisation philanthropique, un organisme caritatif,
etc., toutes cellules de l’ordre communautaire, qui n’a pas comme objectif
l’échange et le gain, mais la solidarité, le partage volontaire. Cela
existe ; il n’y pas besoin
de régulation pour cela, même si l’environnement institutionnel et fiscal
peut être amélioré. M. YUNUS oublie la logique de l’ordre marchand,
déjà bien expliquée par Adam SMITH : « Ce n’est pas de la
bienveillance du boulanger, du boucher et du brasseur que j’attends
ma nourriture, mais du fait qu’ils poursuivent leur propre intérêt ».
A côté du marché existe l’ordre communautaire, mais on est dans l’incohérence
à confondre les deux, à parler « d’entreprise sociale sans but
lucratif ». On va à coup sûr tarir les richesses dans leur source
même, détruire l’efficacité de l’ordre marchand, et menacer l’ordre
communautaire. Notre monde est désordonné parce que l’on confond ce
qui est marchand, communautaire et politique. M. YUNUS, qui a tant de
qualités, contribue sans le vouloir à ce désordre. Le 23 avril 2008
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