« CRÉER »  DE NOUVEAUX DROITS DE L’HOMME !


Le dernier Conseil des ministres a donné lieu à une proposition pour le moins surprenante. Le Premier Ministre a présenté un décret instituant un comité de réflexion (encore un) sur le Préambule de la constitution. Celui-ci fait essentiellement référence à la déclaration des droits de l’homme de 1789 et au préambule de la constitution de 1946 (IV° République). Ce comité, qui avait été annoncé dès janvier par Nicolas SARKOZY, est composé de parlementaires, de juristes, de scientifiques « et de membres de la société civile ».

Extrait du communiqué : « Alors que le contexte global dans lequel évolue la société française a profondément changé depuis 1958, notre pays n’a guère actualisé la liste de ses valeurs fondamentales depuis cette date. Le comité est donc chargé d’étudier s’il y a lieu de compléter les droits fondamentaux garantis par la Constitution et, dans l’affirmative, de rechercher quels pourraient être les principes nouveaux ». Le rapport devra être remis avant le 30 juin 2008.

La confusion des esprits est donc à son comble. Qu’est-ce que les droits fondamentaux, les fameux droits de l’homme ? Ce sont des droits qui découlent de la nature humaine, ceux que l’on appelle des droits naturels, liés à la dignité de la personne humaine. Ces droits ne sont pas créés par l’homme, encore moins par la loi, car ils préexistent à toute création étatique, étant par définition « naturels ». L’Etat ne fait que les reconnaître, en établissant une liste, à un moment de son histoire, comme celle de 1789, ou comme celle de la Constitution américaine. Cette liste est donc intangible et on ne créé pas un nouveau droit de l’homme comme on fait une loi de circonstances. Depuis que l’homme est homme et en a conscience, on n’a pas créé un seul nouveau droit fondamental : on les a sans doute mieux compris, mieux exprimés, mais ils préexistaient à toute rédaction juridique. La seule question est de savoir comment mieux les faire respecter et c’est là que se situe le rôle d’une véritable Cour suprême, réellement indépendante, dont notre Conseil constitutionnel n’est qu’une pâle copie.

Cette conception simple et claire a été polluée par l’apparition d’une « deuxième génération » de droits de l’homme, les droits créances sociales : la société (c’est à dire l’Etat) doit garantir à chaque homme le travail, la santé ; l’enseignement, le logement ; etc. On en trouve l’énumération dans la nouvelle Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU en 1948, que peu de pays ont d’ailleurs reconnue, mais la France avait été pionnière une fois de plus dans le préambule de la Constitution de 1946, qui a toujours valeur constitutionnelle aujourd’hui.
L’incohérence de cette deuxième génération est évidente : les droits de l’homme et du citoyen ont été proclamés pour affirmer la liberté des individus face à l’Etat, pour indiquer que le pouvoir des gouvernants s’arrête là où commencent les droits individuels, tandis que les droits sociaux mettent les individus et les citoyens sous la dépendance de l’Etat qui doit leur prodiguer un certain nombre de bienfaits et qui devient la Providence. Les droits sociaux s’exercent ainsi au détriment des vrais droits fondamentaux, et notamment au détriment du droit de propriété. Évidemment, toutes les idées récentes de droit à l’environnement ou de principe de précaution, dernier-né des droits de l’homme, reposent sur la même erreur.

Ce comité ne saurait donc créer quelque droit authentique. Il pourra en revanche troubler un peu plus les esprits en rajoutant au préambule quelques droits sociaux ou écologiques qui vont détruire un peu plus les droits fondamentaux et intangibles. Le terme même de « valeurs fondamentales », évoqué en conseil des ministres, montre bien cette confusion : les droits fondamentaux ne sont pas de simples valeurs à actualiser, encore moins cotées à la bourse d’une moralité fluctuante : ce sont des droits intangibles. Ajoutons enfin que confier la présidence de ce comité des droits fondamentaux à Simone VEIL, quel que soit le respect qu’on puisse lui porter, n’est pas le signal le plus encourageant, compte tenu notamment de sa conception discutable du droit à la vie, exprimée dans la loi qui porte son nom.

Le 23 avril 2008 

 
 
 

 

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