REPRESENTATIVITE SYNDICALE


Les négociations entre le MEDEF et les syndicats sur la question de la représentativité syndicale se sont donc achevées. Il était clair que les critères utilisés ne correspondaient plus à la réalité actuelle, car ils dataient de 1966, voire même de l’immédiat après-guerre. Une loi devrait reprendre l’essentiel de l’accord. La représentativité sera plus largement fonction des résultats aux diverses élections, ce qui en soit paraît a priori raisonnable, mais avec la fixation d’un pourcentage minimum à obtenir. La période de transition avant une reconnaissance sera plus courte. Les accords sociaux ne seront validés que s’ils recueillent l’accord de syndicats représentant 30% et s’ils ne sont pas refusés par des syndicats majoritaires en voix. L’attitude pendant la guerre est remplacée par le « respect des valeurs républicaines ». Mais tout cela n’aborde pas les questions essentielles.

Le MEDEF avait renoncé à la question de la supériorité des accords signés librement sur le code du travail. C’est pourtant une question essentielle, un débat de fond entre le contrat et la loi. Le MEDEF a dû y renoncer, les syndicats préférant la protection du code du travail et de la loi. Ensuite, le verrou essentiel subsiste. Seuls les adhérents des syndicats « légalement constitués depuis 2 ans » peuvent, et cela ne devrait donc pas changer fondamentalement les choses (la règle antérieure était un peu plus stricte car en cas de contestation il fallait prouver sa représentativité devant les tribunaux ; désormais, il suffit d’exister légalement depuis deux ans), se présenter au premier tour des élections professionnelles. Pas question de candidatures « libres » de non-syndiqués.

Ce n’est donc que si la majorité des salariés s’abstient au premier tour qu’un second tour, aux candidatures libres, est organisé. Le dilemme pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans les syndicats « officiels » est alors le suivant : ne pas voter au 1er tour, mais alors s’il y a une majorité de votants, courir le risque que sa voix soit perdue, ce qui favorise les syndicats les plus extrémistes : ceux qui ne votent pas auraient en effet choisi les syndicats les plus modérés. Ou alors voter au 1er tour pour un syndicat représentant un moindre mal, et contribuer ainsi à atteindre la barre des 50% de votants, ce qui supprime le second tour et donc les candidatures libres.

C’est là que le critère du nombre de voix obtenues pour être reconnu représentatif est biaisé, à cause de la limitation des candidatures. Or un autre critère, celui du taux de syndicalisation, montre que les syndicats dits représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC) ne le sont pas vraiment. Les enquêtes de l’INSEE, publiées récemment par Les Echos, montrent que le taux de syndicalisation en France est en moyenne de 8% (nous sommes les derniers en Europe pour le taux de syndicalisation) ce qui cache des écarts importants : 15,2% dans les fonctions publiques, 14,7% dans les entreprises publiques et 5,0% dans les entreprises privées. Le taux tombe même à 2,2% dans le BTP et à 2,8% dans le commerce : où est la représentativité ?

Résultat : les négociations actuelles permettront peut-être à un ou deux syndicats (Sud, UNSA) de rentrer dans le club fermé des syndicats représentatifs ; elles ne changeront pas le fond du problème, car les syndicats en France ne sont reconnus représentatifs que parce qu’ils disposent de privilèges (seuls les syndicats représentatifs dans une branche peuvent négocier des accords) ; mais tous les chiffres montrent que les syndicats soi-disant représentatifs ne le sont pas ; est-on représentatif quand 2 ou 3% des salariés seulement en font partie ? C’est bien que les Français ne sont pas satisfaits par l’offre actuelle. Si l’on veut avoir des syndicats libres et représentatifs, il faut en finir avec les privilèges et les monopoles. Ici comme ailleurs, c’est la concurrence qui rend libre et elle passe par une ouverture du marché. Pas plus avant qu’après cet accord, le marché syndical n’est libre en France.

Le 23 avril 2008 

 
   

 

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