SMIC EUROPEEN : L’AVEU DE LA CGT


Il y a deux façons de lire la belle unanimité des syndicats européens, après leur manifestation commune à Ljubljana (présidence slovène de l’Union européenne oblige) sur la hausse des salaires et les « salaires décents ». En effet, la Confédération européenne des syndicats, qui rassemble désormais toutes les tendances des syndicats européens, a fini par se mettre d’accord pour demander un salaire minimum légal, un SMIC donc, pour chacun des pays européens ; mais pas question d‘un SMIC commun.

L’accord n’était pas évident, car, contrairement à ce que pensent les Français, les syndicats européens n’étaient pas unanimes sur ce point Le DGB allemand et les syndicats des pays scandinaves étaient réticents vis-à-vis de l’idée même d’un salaire minimum, car ils savent bien que celui-ci ou ne sert à rien (s’il est en dessous de ce qu’aurait fixé spontanément le marché) ou provoque des déséquilibres, diminuant les embauches et créant du chômage, comme n’importe quel prix administré provoque lui aussi des déséquilibres quantitatifs, la régulation ne pouvant plus se faire par le prix.

Comme nous l’avons déjà expliqué, les Allemands n’ont pas de SMIC national, ni même dans la plupart des branches, mais seulement des minimum négociés par les partenaires sociaux, et l’instauration d’un salaire minimum à la poste s’est soldée par un fiasco : licenciements, retour au monopole et intervention des tribunaux pour condamner ce SMIC. Les syndicats français ont pourtant su se faire persuasifs, à commencer par le secrétaire confédéral de la CES, le Français Joël DECAILLON. « Nous n’accepterons pas qu’il y ait 30 millions de travailleurs pauvres en Europe » : il préfère sans doute 30 millions de nouveaux chômeurs.

D’une certaine façon, on pourrait dire que pour l’économie européenne, pour les travailleurs à bas salaire, pour les chômeurs actuels ou futurs, c’est une mauvaise nouvelle. La généralisation du SMIC à tous les pays d’Europe généraliserait les effets pervers déjà connus ici ou là. Mais pourtant, il y a dans cet accord un aveu et celui-ci est fait par le syndicat le plus à gauche, le plus marxiste et archaïque, encore largement courroie de transmission du PCF, la CGT. Or qu’explique M. THIBAULT ? « Il n’est pas question de fixer un salaire minimum européen, mais de faire en sorte qu’il existe dans chaque pays ».

Or, il n’y a pas à hésiter : si le SMIC est une bonne chose pour l’emploi, pour les bas salaires, pour le pouvoir d’achat, il faut le généraliser à toute l’Europe et avoir partout le même SMIC européen. Pourquoi moins payer les travailleurs des Pays baltes, du Portugal ou de la Roumanie ? Quelle injustice, quelle inégalité ! La réponse est évidente pour nous : parce que la situation économique n’est pas la même, la productivité n’est pas la même, donc le salaire ne peut être le même.

Et c’est là que la CGT ne voit pas la contradiction : si, ce qui est si évident qu’elle le reconnait elle-même, on ne peut avoir un SMIC uniforme dans toute l’Union européenne, en raison des différences économiques, l’argument vaut aussi à l’identique à l’intérieur du pays : la situation économique en général, la productivité du travail en particulier, n’est pas la même d’une région à l’autre, d’une branche à l’autre, d’une entreprise à l’autre et finalement d’un travailleur à l’autre. Et donc si envisager un SMIC commun à toute l’Europe est absurde, envisager un SMIC commun à tout un pays, à toute une branche, voire à toute une entreprise est tout aussi absurde pour la même raison.

La CGT devrait être cohérente : ou un SMIC européen et demain mondial, ou pas de SMIC du tout. Car si on ne peut payer de la même façon des salariés différents, la seule réponse cohérente, c’est l’individualisation des salaires et donc la disparition de tout SMIC. Evidemment, la CGT n’en est pas à une incohérence près. Mais elle devrait se méfier : en lâchant un peu de lest, elle risque de mettre le doigt dans un engrenage fatal pour elle : on n’est pas stalinien ou planificateur à moitié. Il faut l’être jusqu’au bout, ou pas du tout. Comme disait Jacques RUEFF : « Soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs ».

Le 18 avril 2008 

 
   

 

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