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Nous avions déjà observé que, toujours dans le rapport ATTALI, une autre profession fermée, celle des pharmaciens, avait été relativement épargnée. Pourtant la profession est clairement fermée, puisque même un docteur en pharmacie ne peut s’installer où il veut, le nombre de pharmacies étant fixé par rapport à la population et les autorisations données par le préfet, ce qui n’est guère libéral... Par ailleurs, les prix des médicaments remboursables ne sont pas libres et, bien entendu, les pharmaciens ont le monopole de la vente de tous les médicaments. Le
rapport ATTALI faisait juste observer que « la liste des produits
dont la vente est exclusivement réservée aux pharmaciens est beaucoup
plus large en France que dans la plupart des pays de l’Union européenne,
alors même que les prix des produits vendus aussi en dehors des pharmacies
sont inférieurs de 20 à 30% ». Sans parler de véritable concurrence,
ATTALI proposait (décision 212) d’ouvrir « les conditions d’exercice
des activités de pharmacie » et de « supprimer le numerus clausus,
en créant un mécanisme incitatif pour que la carte des officines dans
les territoires enclavés puisse satisfaire les impératifs de santé publique »
et surtout de « limiter le monopole pharmaceutique aux seuls médicaments
prescrits sur ordonnance », ce qui ferait baisser les prix de 5 à
15%. C’est
sur ce terrain que Michel-Edouard LECLERC a attaqué, d’une manière subtile,
en lançant une campagne de publicité (TF1 et M6) réclamant le droit de
vendre des produits d’automédication en hypermarchés, c’est à dire des
produits que l’on a le droit d’acheter sans ordonnance, mais pour lesquels
les pharmaciens ont toujours le monopole (essentiellement les antalgiques
comme l’aspirine, le paracétamol, etc., plus largement tous les produits
d’automédication). Cette publicité a d’ailleurs posé des problèmes au
BVP et surtout au CSA, qui l’a finalement autorisée, après s’être demandé
si on pouvait faire de la publicité pour quelque chose qui était interdit ! Argument
des centres LECLERC : nous pouvons faire sensiblement baisser les
prix (en moyenne de 25%), grâce à la concurrence. Si l’automédication
se développe, c’est en grande partie parce que l’assurance-maladie joue
de moins en moins son rôle (puisqu’elle est ruinée) et rembourse de moins
en moins. Un nombre incalculable de produits dits à service médical faible
ont été sortis de la catégorie du prescrit remboursable pour aller dans
celle du prescrit – et de plus en plus du non-prescrit- non remboursable.
La Sécu a donc été prise à son propre piège, en créant un vrai marché
de l’automédication. Et s’il y a marché, il est normal qu’il y ait concurrence.
C’est un signe de plus du fait que la Sécu ne remplit plus son rôle d’assureur. Quels
arguments opposer à cette démonstration ? Roselyne BACHELOT, Ministre de la Santé (et pharmacienne
de profession, soit dit en passant), a fait un grand battage médiatique
autour de la mise en libre accès (dans les seules pharmacies) des produits
d’automédication. Le client pourra
donc se servir lui-même, comparer les prix : donc la concurrence
peut jouer dans le cadre des pharmacies elles-mêmes, à l’intérieur des
officines. Pourquoi s’installer dans les super-marchés ?
On peut réponde en posant une autre question :
comment refuser au consommateur qu’il fasse de même dans une grande surface ?
Les médicaments seraient-ils vendus au rayon des salades ou de la boucherie ?
D’aucuns prétendent que la question
de la sécurité pourrait être réglée par des contingentements de volume
d’achat : le consommateur ne doit pas se bourrer de médicaments.
Mais qu’est ce qui l’empêche d’aller acheter de grandes quantités en allant
dans dix pharmacies différentes ? Enfin, et dernière incohérence :
comment refuser l’ouverture à la concurrence, alors que la publicité sur
ces produits est autorisée ? Les
Français devraient jeter un œil sur les expériences étrangères :
des réseaux de pharmacies intégrées en Angleterre, la vente des médicaments
sans prescription en hypermarchés en Italie, par exemple par CARREFOUR
ou LECLERC : le monde des médicaments bouge. Et encore, LECLERC a-t-il
attaqué par la petite porte et n’a pas posé le problème du monopole lui-même
(un pharmacien égale une pharmacie). Même le rapport ATTALI propose qu’un
tiers puisse investir dans le capital d’une pharmacie, à la condition
qu’un pharmacien tienne la pharmacie. LECLERC a ouvert une brèche :
elle n’est pas près de se refermer
Le 18 avril 2008
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