TAXIS : LIBRES ?


On attendait, pour la réforme des taxis, l’application des propositions du rapport ATTALI. On aura finalement celle du rapport CHASSIGNEUX. Ce n’est pas tout à fait la même chose dans le niveau de réforme. La situation des taxis est connue. A Paris, pour prendre le cas le plus visible, c’est une loi de 1937 (du Front Populaire) qui fixe le nombre de taxis. Depuis, il a à peine augmenté, en dépit des évolutions de la démographie, de l’économie et du tourisme : il y a actuellement 15 300 taxis actifs à Paris. La profession est donc totalement verrouillée : sans liberté d’installation, sans libre entrée, il n’y a pas de concurrence, d’autant plus que les prix sont fixés arbitrairement par les pouvoirs publics : prix administrés donc.

Résultat de cette rareté artificielle : le prix des licences se négocie fort cher, 190 000 euros à Paris, 400 000 à Orly. Le rapport ATTALI rappelle qu’il y a à Londres ou à New-York, à côté des taxis classiques, des voitures de petite remise : 50 000 à Londres, 42 000 à New-York (100 à Paris !). ATTALI a calculé qu’une ouverture complète permettrait d’avoir à Paris (et banlieue bien sûr) 60 000 taxis, soit 45 000 de plus, donc autant d’emplois créés. La libéralisation irlandaise a permis d’augmenter de 150% le nombre de taxis en trois ans. Avec la densité irlandaise, on pourrait même avoir 80 000 taxis à Paris.

ATTALI proposait donc (décision 210) de « développer l’entrée sur le marché des VPR et de différentes offres spécialisées sur certains segments du transport urbain », avec en particulier une liberté tarifaire, les tarifs étant annoncés à l’avance, et permettant de s’adapter aux différentes gammes de clientèle. Décision 212 : « Augmenter le nombre de taxis », en octroyant gratuitement une licence incessible, par exemple à tous les demandeurs actuellement inscrits. Ne conserver qu’un tarif maximal. Permettre à plusieurs chauffeurs d’utiliser la même plaque de taxi. Supprimer les restrictions territoriales. On le voit, ce n’était pas le « libéralisme sauvage » annoncé par les taxis, mais une libéralisation notable, un progrès indiscutable : plus d’ouverture du marché, plus de liberté tarifaire, quel client s’en plaindrait ?

On connaît le résultat de ces propositions raisonnables : deux grèves de taxis, une reculade du gouvernement. Certes, la transition n’est jamais simple et on comprend que celui qui a payé 400 000 euros sa plaque ait quelque réaction de mécontentement. Mais la question est toujours la même : la vie économique fonctionne-t-elle au profit de l’offreur, du producteur, de l’entreprise, ou ceux-ci sont-ils au service du client ? Si la réponse, c’est que le service du client passe avant tout, il faut instaurer la concurrence, la libre installation, la liberté des prix.

Le gouvernement, Michèle ALLIOT-MARIE en tête, s’est donc détourné au plus vite, face au lobby des taxis, du rapport ATTALI (comme dans bien d’autres domaines) et s’est raccroché à un autre rapport opportunément commandé, le rapport CHASSIGNEUX.

Celui-ci est politiquement correct, et il tombe à point nommé. Il a d’ailleurs été bien accueilli par les chauffeurs de taxis. Il y a des mesures qui plaisent aux taxis, comme une voie dédiée à leur circulation entre Paris et Roissy, pour leur permettre de faire plus de voyages, une facturation du trajet au forfait, le renforcement de la visibilité optique des taxis ou le recours aux chèques-emplois service pour le paiement des courses… On le voit, ce n’est pas le grand soir ! En contrepartie, les taxis sont prêts à discuter d’une autre proposition du rapport CHASSIGNEUX, créer 4000 taxis en quelques années, pour arriver à 20 000.  

On comparera ces chiffres avec intérêt à ceux du rapport ATTALI ou de capitales comparables. Mais les taxis traînent quand même les pieds et parlent d‘étaler cette « gigantesque » progression sur 7 ans ! Et encore, le rapport leur a-t-il concédé qu’on ne créerait plus d’autorisation pour les véhicules de petite remise (pourtant privilégiés par ATTALI), qui ne fonctionnent qu’à la commande. Enfin, un index fixerait la progression du nombre de taxis, selon une formule technocratique déjà appliquée, une sorte d’usine à gaz, (incluant même le taux de chômage !) dont le principal objet est de masquer la fermeture de la profession. Bref, le choix a été fait en faveur du rapport CHASSIGNEUX. Les taxis sont contents. Le gouvernement aussi, puisqu’il n’y aura plus de manifs. Les clients? On ne leur a pas demandé leur avis.

 

Le 18 avril 2008 

 
   

 

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