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Ce
qui se passe au Zimbabwe est incompréhensible. Voilà un pays aux mains
d’un dictateur marxiste depuis des années, qui a concentré tous les pouvoirs.
La chasse aux opposants est son sport favori. Les listes électorales sont
largement truquées, comme le disent toutes les ONG. Les pressions sont
quotidiennes. La répression est partout. La police use de ses armes pour
intimider les opposants qui osent faire campagne. Les médias sont dans
les seules mains du pouvoir. Les observateurs étrangers ne sont pas les
bienvenus, surtout s’ils viennent de l’Occident. Bref un paradis socialiste
totalitaire classique, comme on en a connu tant. Et la caractéristique
des paradis socialistes, c’est que les élections se passent toujours bien,
avec une majorité de 99% des voix. 28
ans de dictature : MUGABE aurait pourtant dû comprendre comment ça
marche. Certes, il a 84 ans, mais c’est un âge bien banal pour un Etat
socialiste : il n’y a qu’à voir à Cuba. Et puis toutes les précautions
avaient été prises : 9 millions de bulletins imprimés pour 6 millions
d’électeurs, cela laisse de la marge pour bourrer les urnes. 20 000
électeurs autorisés à voter depuis l’étranger et pour cela 600 000
bulletins de vote imprimés. De toute façon, le pouvoir a expliqué à chacun
que les opposants étaient des « agents des occidentaux ». Quant
à l’aide alimentaire, elle est distribuée à ceux qui ont la carte du parti
officiel. Bref une élection parfaitement verrouillée. Et
voilà qu’en dépit de la fraude massive, l’opposition emporte les législatives.
Aux présidentielles, son candidat principal, Morgan TSVANGIRAI, du Mouvement
pour le changement démocratique, obtiendrait 50,3% des voix, mais dans
ce pays il ne faut pas 50% pour être élu, mais 51%. Bien calculé. Et MUGABE
43,8%. Selon d’autres sources, l’opposition aurait gagné dès le premier
tour. Ce qui, si on enlève la fraude, doit faire en réalité au moins les
trois quarts des voix pour l’opposition. Grâce à la fraude, il est possible
qu’il faille un second tour, même si la plupart des pays essaient maintenant
de persuader MUGABE de partir au plus vite, et si les chiffres sont bien
incertains. Mais il a peur de se retrouver devant la justice internationale.
Le second tour éventuel devrait avoir lieu au bout de trois semaines,
que le pouvoir veut utiliser pour discréditer l’opposition et faire usage
de la force. Il va donc falloir suivre la fin des événements et on sent
qu’une page sanglante se tourne ; mais on n’est pas à l’abri d’une
nouvelle manipulation du pouvoir ou d’un coup de force. Cet
ancien guérillero avait pourtant fait beaucoup d’efforts pour se conformer
au modèle du paradis socialiste. Il avait expulsé de leurs terres les
fermiers blancs, tous partis ensuite à l’étranger, alors qu’ils avaient
fait de l’ex-Rhodésie le grenier à blé de l’Afrique. Il avait distribué
les terres à ses amis politiques, incapables de les gérer : désormais,
la population ne vit que de l’aide alimentaire internationale. Beau succès.
Le reste est presque anecdotique, tellement il est conforme au modèle
soviétique. Le bilan y est, comme ailleurs, « globalement positif » :
100 000% d’inflation cette année, record du monde (« Il n’y
a pas d’inflation dans les pays socialistes » disait le regretté
Georges MARCHAIS). Une croissance négative, même selon les chiffres officiels
(-6,2%). Un taux de chômage de 80% (« Il n’y a pas de chômage dans
les pays socialistes » disait le même). 80% de la population en dessous
du seuil de pauvreté. Une espérance de vie de 39 ans… Quel bilan ! Cela n’empêche pas, du
moins officiellement, MUGABE d’avoir le soutien d’une grande partie de
ses collègues africains. On ne conteste pas « un héros de l’indépendance ».
Mais la population, elle, n’a pas été convaincue par ce glorieux bilan.
MUGABE aurait mieux fait de demander conseil aux Cubains : eux, ils
savent comment on organise une élection démocratique, avec un seul candidat
par siège. Ca lui apprendra à vouloir singer la démocratie bourgeoise.
Le 16 avril 2008
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