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On n’arrête pas le progrès. Voilà une nouvelle
occupation pour certains de nos compatriotes, suite au Grenelle de l’environnement.
Comme quoi, il n’y a pas que M. HULOT qui dise des bêtises. On cherche
un statut pour les « lanceurs d’alerte », c'est-à-dire pour
les personnes souhaitant dénoncer un risque pour l’environnement. Si on
en croit Le Monde, on va même bientôt instituer « un droit et un
devoir d’alerte ». En effet, il paraît que certaines personnes
ayant mis en garde contre un danger menaçant la santé ou l’environnement
ont subi des sanctions professionnelles. Voilà pourquoi la sénatrice verte
Christine BLANDIN a organisé un colloque au Sénat sur la législation destinée
à protéger ces lanceurs d’alerte. Déjà dans le Grenelle de l’environnement
figurait la proposition (admise à l’unanimité s’il vous plaît) d’une loi
instituant la protection des lanceurs d’alerte. Pour Mme BLANDIN, comme
pour la fondation sciences citoyennes (car il y a des sciences non citoyennes),
ils « sont devenus des acteurs centraux en matière de risque sanitaire ». Le colloque a permis d’entendre des témoignages
de lanceurs d’alerte ayant subi tracasseries et harcèlement. « Il
faut protéger l’alerte et protéger l’expertise » a affirmé un toxicologue.
Car le problème essentiel est pour eux la question de l’indépendance de
l’expertise scientifique à l’égard des intérêts particuliers. Corine LEPAGE
a expliqué que « l’information du public est considérée comme un
devoir, ce qui implique un devoir d’alerte, accompagné de la création
d‘un délit de rétention d’information quand le risque est avéré ».
Avec cela, paraît-il, on aurait pu condamner les cigaretiers. Mais voilà, les crédits alloués à la recherche
publique sont trop faibles. On ne peut, hélas, se passer des compétences
existantes dans le secteur privé. Mais Mme LEPAGE est claire : « Il
faut bien savoir qui parle et pour qui un expert travaille ». Bref,
il faut une expertise pluridisciplinaire assise sur le débat contradictoire,
« avec des tiers-experts, qui n’ont pas de liens financiers ».
Car bien sûr les experts publics, eux, n’ont pas de liens financiers.
Sans doute ne sont-ils pas payés. A moins que seul un financement privé
soit suspect, les experts privés devant être payés par le public pour
être indépendants. Traduction : seuls ceux qui sont payés par l’Etat
sont honnêtes, les autres « ont des liens financiers ». Et on
sait bien que seul l’argent privé corrompt. Mais C. LEPAGE va plus loin et s’attaque
à la gestion des entreprises privées : « Il faut formaliser
le devoir d’alerte dans le cadre du travail et organiser en interne une
procédure qui permette de recevoir et de traiter l’alerte, ce qui suppose
qu’il y ait une personne désignée à cet effet dans l’entreprise ».
Bref, une danseuse de plus, à entretenir par les entreprises, au nom de
la libre entreprise sûrement. Mais on peut aussi externaliser l’alerte,
quand l’alerte lancée n’a pas été traitée dans un délai à déterminer.
« L’absence de suites données à l’alerte peut entraîner la mise en
cause de la responsabilité de la personne morale ». Cela s’accompagne de la création d’un nouveau
fromage, la « Haute autorité de l’expertise » qui traiterait
les alertes externalisées du cadre du travail. Il faut surtout protéger
les lanceurs d’alerte, comme dans la loi de 2007 sur la lutte contre la
corruption. Bref, il faut une loi de toute urgence, comme pour le reste
du Grenelle de l’environnement. Il paraît que ce sera pour le printemps. On ne peut qu’être ébloui par l’imagination
débordante de nos khmers verts. Voilà la dénonciation érigée en sport
national et considérée comme une vertu, « un devoir ». Il n’y
aura que les mauvais esprits pour nous dire qu’en matière de dénonciation,
les précédents sont très fâcheux et n’ont guère laissé de bons souvenirs.
Mais nos nouveaux commissaires politiques ne reculent devant rien et nous
préparent une société vraiment libérale, dans laquelle il fera bon vivre,
chacun surveillant le voisin. Et gare à ceux qui ne sont pas politiquement
correct. Avez-vous des voisins qui omettent de pratiquer le tri sélectif ?
Une bonne dénonciation s’impose, car l’avenir de la planète est menacé
par ces criminels. Et demain ce sont nos enfants, élevés dans la religion
écologiste, qui nous dénonceront, sur les conseils de leurs maîtres. On
a déjà connu cela au Cambodge. Il est vrai que ces Khmers là n’étaient
pas verts, mais rouges.
Le 16 avril 2008
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