HULOT : « C’EN EST FINI DU LIBÉRALISME »


Nous sommes confus d’avoir laissé échapper à notre vigilance la semaine dernière les fortes et définitives déclarations de notre bonne conscience nationale, Nicolas HULOT. En effet, dans une déclaration au Journal du dimanche, M. HULOT, maître à penser de notre classe politique, livre pour la première fois, paraît-il, « sa réflexion sur les domaines économiques et sociaux ». Nous aurions vraiment regretté de laisser passer cette page d’anthologie.

A propos de l’écologie : « Il y a beaucoup de croyants et peu de pratiquants » (nous avions toujours dit que c’était une secte. Au XIX°, on avait la religion saint-simonienne, on a désormais la religion écolo). « J’attends beaucoup de l’Europe. Elle doit jeter des actes politiques forts, en termes de fiscalité notamment. Il faut mettre en place cette écluse fiscale aux frontières, la taxe de Cambridge qui concerne les produits importés de pays qui n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, qui permettra d’éviter les délocalisations ». On connaissait « le patriotisme économique », voilà « l’écluse fiscale » : on n’arrête pas le progrès. Et en outre (mais M. HULOT ne le sait pas),) c’est beau comme du BASTIAT : l’écluse, cela fait penser au corps des enrayeurs !

« Il ne faut plus dissocier les mots écologie, social et humanitaire. Tout cela est en train de se combiner. On a tous l’obligation de répartir la richesse. Pour cela, il faut trouver des mécanismes innovants. Je ne suis pas convaincu, par exemple, qu’il faille abandonner l’idée de la taxe TOBIN. Les détenteurs actuels de richesse se sentiraient à peine moins riches, mais les exclus du festin se sentiraient beaucoup moins pauvres. On ne peut pas admettre que 70% de la production de richesse dans le monde ne profite qu’à 20 à 30% de la planète ».

« Ce n’est même plus un problème moral. Tout simplement, ça ne passera pas. Imaginez : la moitié de l’humanité vit avec deux dollars pas jour, ce que reçoit comme subvention une vache européenne. Il y a à l’échelle planétaire un apartheid qui ne dit pas son nom. Cela pouvait marcher tant que cela ne se voyait pas. Maintenant, avec les nouveaux moyens de communication, vous ajoutez à la misère un élément explosif qui est l’humiliation. La construction de l’Europe se doit de prendre cela en compte. Nous sommes condamnés à ce que les Etats interviennent. C’en est fini du libéralisme ». Voilà en effet des mécanismes innovants : l’Etat, c’est innovant et c’est nouveau. Les impôts, c’est innovant. La répartition publique forcée, c’est innovant. Chacun sait que de toute façon les richesses ne sont qu’un stock fixe à répartir.

M. HULOT a aussi mis en garde contre l’entrée de Claude ALLEGRE au gouvernement : « J’ai mis en garde sur la difficulté qu’il y aurait à rendre compatibles d’un côté le rapport ATTALI, de l’autre les vues de Claude ALLEGRE sur le climat, au moment où la France tente de mettre en œuvre les orientations du Grenelle de l’environnement. Mais beaucoup de gens sont montés au créneau. Il ne faut pas oublier qu’ALLEGRE nie la part entropique des changements climatiques ». Ca, en effet, c’est grave : ce n’est pas politiquement correct de s’attaquer aux changements climatiques.       

Mais voilà le sommet de l’entretien : De qui vous sentez-vous proche aujourd’hui ? : « Pardon de le dire, mais je suis plus séduit quand je discute avec un COHN-BENDIT ou avec un BESANCENOT. Si ces gens-là pouvaient s’affranchir complètement de leur carcan idéologique, ils seraient vraisemblablement plus porteurs de nouveauté et de réalisme que les autres ». Alors là, question innovation, c’est le top : mai 68 d’une part et le trotskisme de l’autre, cela vient de sortir, c’est tout neuf.

Conclusion : M. HULOT est un peu à l’étroit dans le cadre français. « Je suis à un stade où j’essaie de rencontrer, d’écouter et de mettre en réseau des gens qui partagent la même vision. Aux marges de nos systèmes, il y a des penseurs qui sont porteurs de véritables alternatives, tant sur le plan économique que sur le plan politique. J’ai passé des heures avec Edgar MORIN… ». Nous voilà pleinement rassurés. Et si on comprend bien, il va élargir son action de la France au monde entier. On comprend pourquoi il n’a pas daigné se présenter à la présidence de la République : c’était trop modeste pour lui !

 

Le 16 avril 2008 

 
 
 

 

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