LE CONSEIL DE LA CONCURRENCE S’ATTAQUE AUX MEDECINS


814 000 euros ! C’est le montant auquel le Conseil de la concurrence vient de condamner sept syndicats médicaux, pour atteinte à la concurrence, dont 220 000 euros pour la seule CSMF, plus 150 000 pour les spécialistes de la CSMF, 200 000 pour les gynécologues, etc. L’affaire mérite d’être contée. En 2001, la Caisse d’assurance-maladie, comme toujours, continuait à faire lanterner les médecins depuis trois ans pour la revalorisation des honoraires. Le gouvernement a donc fixé unilatéralement les tarifs du secteur 1, faute d’accord.

Les syndicats médicaux ont alors suggéré aux spécialistes du secteur 1, devant officiellement respecter ces tarifs fixés par la puissance publique, d’appliquer ce qu’on appelle un DE, dépassement exceptionnel : dépassement pour exigence particulière du malade, par exemple lorsque celui-ci vient pour une consultation non urgente à des horaires très tardifs. Les syndicats ont suggéré d’appliquer ce DE le plus largement possible.

L’association des familles rurales, reconnue comme association de consommateurs et qui, comme toutes les associations de consommateurs en France, pense que le salut est dans l’Etat et les prix administrés, a donc saisi le Conseil de la concurrence pour atteinte à la concurrence et entente sur les prix. Jugement du Conseil : les syndicats ont « été à l’origine d’actions concertées avec leurs adhérents afin d’obtenir une hausse artificielle des honoraires ». D’où la lourde sanction décidée qui, dans certains cas, va jusqu’à représenter 27% des ressources annuelles des syndicats. Ceux-ci sont décidés à faire appel face à « un procès politique ».

Le plus extraordinaire, c’est que le Conseil, qui souligne n’avoir « jamais contesté la mission d‘information des syndicats destinée à aider leurs membres », ajoute que les organisations de médecins « ne sont nullement investies du pouvoir de fixer librement les prix, mais seulement de les négocier avec les caisses ». Les syndicats sont donc condamnés pour « entente sur les prix ». Voilà donc un « Conseil de la concurrence » qui trouve normal que les prix ne soient pas libres, mais « négociés » avec l’Etat et qui rappelle que personne chez les médecins du secteur I n’a le droit de fixer librement les prix, ni les syndicats, ni surtout les médecins individuellement.

Voilà la conception que le Conseil de la concurrence se fait d’un marché : des prix administrés. Des prix publics, fixés par l’Etat, c’est bien, c’est normal, des prix fixés par le privé, c’est une entente. La seule décision que le Conseil aurait dû prendre, c’est de dire qu’il y a bien quelque chose de totalement contraire à la concurrence, c’est le contrôle des prix. Et il aurait dû condamner l’Etat et la Sécu pour atteinte à la concurrence par fixation arbitraire des prix. Pourquoi les syndicats médicaux ont-ils agi ainsi ? Parce que les honoraires étaient bloqués et fixés de la façon la plus arbitraire : c’est de la légitime défense.

Ceci étant, soyons objectifs et reconnaissons que les syndicats médicaux ont leur part de responsabilité dans cette affaire, en acceptant de négocier des tarifs, année après année, avec la sécu pour le secteur I, alors que la seule négociation aurait dû porter sur la possibilité pour tout médecin de passer en secteur II et de pratiquer des honoraires libres, fixés « avec tact et mesure » comme le dit le texte, c'est-à-dire suivant le jeu du marché et de la concurrence. En acceptant des prix administrés, ils sont tombés dans le piège tendu par l’Etat et la sécu : des prix arbitraires, obligeant à mourir ruiné ou à contourner la loi.

 

Le 10 avril 2008 

 
   

 

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