ACCORD CIEL OUVERT : LES RAVAGES DE LA CONCURRENCE


La concurrence a encore frappé, avec tous ses « effets négatifs » justement dénoncés par l’intelligentsia gauchisante. Le 31 mars est entré en vigueur l’accord dit « ciel ouvert » entre l’Union européenne et les Etats-Unis, signé après quatre années de négociations entre la Commission européenne et l’administration américaine. Désormais, les compagnies européennes pourront desservir les Etats-Unis depuis n’importe quel pays européen et les compagnies américaines auront un libre accès à Londres Heathrow. Pour ne pas être accusés de présenter les choses avec un regard biaisé, favorable à la libre concurrence, nous ferons appel aux déclarations faites aux Echos par le commissaire européen Jacques BARROT, qui n’est pas suspect d'ultra-libéralisme, mais à qui, manifestement, le climat de Bruxelles fait du bien.

« La situation actuelle, dans laquelle chaque pays européen avait des relations bilatérales avec les Etats-Unis, plaçait les compagnies européennes dans une situation désavantageuse par rapport à leurs concurrentes américaines. Alors que ces dernières pouvaient desservir l’Europe depuis n’importe quel point des Etats-Unis, les transporteurs européens ne pouvaient lancer des lignes transatlantiques que depuis leur seul pays d’origine. Air France ne pouvait pas desservir New York depuis Londres, mais seulement au départ de France ». C’est donc un accord de libéralisation, destiné à accroitre la concurrence, en ouvrant les marchés.

Le plus intéressant, c’est de savoir quel sera l’impact probable de cette ouverture des marchés. « En moyenne, le nombre de vols européens vers les Etats-Unis devrait s’accroître de près de 10% d’ici à l’été. Il devrait bondir de 20% au départ de Londres, avec 18 fréquences supplémentaires par jour. Air France ouvrira ainsi une ligne Londres-Los Angeles. L’Irlande et l’Espagne, qui s’étaient enfermés dans des accords bilatéraux très limités, devraient également connaître une forte hausse de trafic. A Paris, une nouvelle filiale de British Airways, Open Skies, inaugurera une desserte de New-york. La jeune compagnie française l’Avion, spécialisée dans les vols d’affaires, devrait porter le nombre de ses vols de 6 à 11 par semaine ».

« A moyen terme, une nouvelle compagnie à bas coûts pourrait même voir le jour entre l’Europe et les Etats-Unis, peut-être au départ de l’Irlande. Au total nous estimons que cet accord devrait générer 25 millions de passagers en plus sur cinq ans, pour un trafic annuel de 50 millions de personnes actuellement et susciter la création de 80 000 emplois de part et d’autre de l’Atlantique. Enfin, le renforcement de la concurrence et la pression sur les tarifs devraient se traduire par 12 milliards d’euros d’économies pour les consommateurs ». Voilà la réalité de la concurrence : c’est mieux qu’un plan de relance et mieux que tous les contrôles des prix : seule la concurrence peut ainsi aboutir à la hausse de l’activité (plus de croissance), à la création d‘emplois (donc moins de chômage) et à la baisse des prix (donc moins d’inflation), ce qu’aucun Etat ne saura jamais faire.

Les négociations ne sont pas terminées dans ce secteur, car un deuxième volet concernera les investissements dans les compagnies aériennes, pour augmenter les possibilités légales de participation de compagnies européennes dans les compagnies américaines et les aligner sur les règles plus favorables en vigueur dans l’Union. M. BARROT aura donc mandat européen pour négocier cette deuxième étape de la libéralisation. Il y a aussi en projet, dans la même négociation, la possibilité pour les Américains de faire du cabotage entre les villes européennes, ce qui accroitra la concurrence.

Enfin, l’Europe envisage d’étendre ce type d’accord à d’autres pays. Un tel accord devrait être signé à l’automne avec le Canada. Des protocoles d’accord ont été conclus avec la Jordanie, Israël, le Maroc et les pays des Balkans. Des discussions sont en cours avec l’Inde. Bref, le monde entier semble convaincu des bienfaits de la concurrence, y compris dans des secteurs réputés sensibles comme le transport aérien. Pendant ce temps, en France, on recule face aux professionnels pour ouvrir à la concurrence les professions de chauffeur de taxi, de pharmacien ou de notaire, voire de coiffeur ou de grandes surfaces. Puisque M.BARROT semble touché par la grâce, avec la foi du néophyte, pourquoi ne pas envoyer nos ministres en stage chez lui ?

 

Le 10 avril 2008 

 
   

 

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