« LA CRISE NOURRIT LES CRITIQUES CONTRE LES EXCÈS DU LIBÉRALISME »


Une nouvelle fois, Le Monde s’est fait remarquer par sa grande objectivité et sa profonde compréhension des mécanismes économiques. Face à la crise actuelle et à certaines manifestations dont nous parlons notamment dans notre article de conjoncture, le journal de l’intelligentsia titre à la une : « La crise nourrit les critiques contre les excès du libéralisme ». Chacun sait en effet que les banques centrales publiques ne sont pour rien dans la crise des subprimes, qui ne vient que de la recherche effrénée du profit par les banques privées irresponsables…

« La crise financière mondiale conduit à une soudaine remise en cause des dogmes économiques en Europe ». Là encore, quelle lucidité : tous les pays, y compris le nôtre croule sous le poids de l’ultra-libéralisme ! « Occultés l’inflation, l’équilibre budgétaire et le laissez faire ». Quel culot, alors que la crise actuelle vient du laxisme monétaire qui engendre l’inflation, des déficits budgétaires délirants et du refus idéologique du laissez faire !

Quelle est donc la nouvelle priorité ? « Le sauvetage du système financier, quitte à faire appel à l’Etat ». Là encore, quelle lucidité, alors que l’Etat est le problème, non la solution, et que de toutes façons l’Etat n’a plus un sou à mettre et qu’il est en outre absurde de vouloir sauver ce qui est condamné. Et Le Monde de faire appel aux journaux allemands comme le quotidien des affaires Handelsblatt, qui suggère de « jeter les principes par dessus bord » pour renflouer les banques en faillite avec des fonds publics. Et pourquoi pas les nationaliser tant qu’on y est ?

Mieux encore, Le Monde fait appel à Giulio TREMONTI, proche de BERLUSCONI, économiste libéral jusque là, qui observe finement : « le marché, l’idéologie totalitaire inventée pour gouverner le XX° siècle, a diabolisé l’Etat en mettant le marché souverain en position de dominer tout le reste. Maintenant, on ne peut plus dire que c’était la ligne juste, la seule ligne ». Voilà en effet une grande déclaration libérale : le marché, « idéologie totalitaire ». Pour TREMONTI, la crise actuelle est comparable à celle de 1929. C’est en effet possible, au sens où les deux ont été provoquées par l’interventionnisme étatique ; mais pour TREMONTI, c’est le contraire, c’est une crise du marché.

TREMONTI nous avait habitués à mieux. C’est au point que nous avons cru que Le Monde avait truqué les citations, mais elles sont extraites du dernier livre de TREMONTI « La paura a la speranza » chez Mondadori et il va même plus loin, disant que « la bataille contre la suprématie des marchés doit commencer », parlant d’un monde « à l’envers où le superflu coûte moins que le nécessaire », la dictature du tout marché étant la « version dégénérée du libéralisme »,  et réclamant un nouveau Bretton Woods pour « substituer au désordre global un nouvel ordre global ». Il veut même une « Europe avec des portes, à conditions qu’elles ne soient pas toujours ouvertes et de surcroît seulement vers l’intérieur ».

Il n’est pas nécessaire de poursuivre. Pourquoi attacher tant d’importance à un article si manifestement contraire à la vérité ? Parce que les hommes politiques, les intellectuels, les étudiants ne retiendront que le titre et le comprendront ainsi : la crise vient des excès du libéralisme. Excès du libéralisme, avec des prélèvements obligatoires qui atteignent presque la moitié du PIB ? Avec l’Etat qui régimente tout ? Avec des prix administrés ? Avec un secteur public pléthorique ? Avec des banques centrales qui inondent le marché pour secourir les banques qu’elles ont-elles-mêmes poussé à l’irresponsabilité ? Avec des monopoles publics ? Avec une protection sociale étatisée ? Avec des millions de fonctionnaires ? Avec une régulation étatique de tous les marchés ?

Il faut tout de même rester sérieux. Nous vivons, comme tout au long du siècle précédent, une crise de l’Etat interventionniste et de l’Etat-providence, pas une crise du libéralisme. Il est vrai que l’on continue à présenter la crise de 1929 comme l’apocalypse du libéralisme, alors qu’elle a été causée et surtout aggravée par les initiatives publiques, et alors que depuis 80 ans le capitalisme montre son efficacité et son apport au développement des peuples les plus pauvres.

 

Le 9 avril 2008 

 
   

 

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