AUTONOMIE DE L’ECOLE : LA FRANCE A LE BONNET D’ANE


C’est un rapport édifiant que vient de réaliser la Commission européenne, concernant l’éducation (rapport Eurydice). Le rapport s’intéresse à l’autonomie des établissements scolaires, condition de tout progrès. Le Figaro parle même d’un « bonnet d’âne pour la France en matière d’autonomie des établissements scolaires », ce qui ne nous surprend guère quand on connaît l’état de centralisation du mammouth.  Il paraît que le ministre de l’éducation est tellement traumatisé par cette question qu’il a fait un voyage en République Tchèque pour étudier les réalisations de ce pays.

Le rapport compare le degré d’autonomie des établissements de trente pays européens ; il est donc très significatif. L’étude fait remarquer que la France « fait partie des rares pays où l’évaluation des établissements scolaires n’est pas encore développée ». On en connaît la raison : évaluer, c’est comparer ; comparer implique le libre choix de l’établissement par les parents et tout cela débouche sur la concurrence entre établissements, même publics : l’idéologie dominante y voit une atteinte au fameux service public unifié et laïc de l’éducation nationale, dont l’idéologie est toujours dominante chez nous.

Dès les années 90, l’autonomie s’est généralisée chez nos partenaires, qui ont remarqué, comme le souligne Le Figaro, que « donner davantage de responsabilités aux établissements permettrait une gestion publique plus efficace. Elle permettrait aussi d’améliorer les performances du système scolaire ». Cette autonomie concerne surtout le financement et le personnel. Presque partout à l’étranger, les établissements sont autonomes pour les dépenses de biens immobiliers, d’équipement informatique, de fonctionnement. En France, l’autonomie est limitée, voire quasi-inexistante, alors qu’elle est totale en Belgique, en Lettonie ou en Suède, ce dernier exemple montrant que la social-démocratie se montre plus réformatrice que l’étatisme français.

Concernant le personnel, les établissements français ne peuvent pas faire grand-chose, sauf remplacer certains professeurs absents ou octroyer des heures supplémentaires. Mais ils ne peuvent ni sélectionner, ni sanctionner leurs enseignants. Dans l’immense majorité des trente pays étudiés, une grande autonomie existe dans ce domaine des ressources humaines. Ils peuvent sélectionner les remplaçants et, en Belgique, Grande-Bretagne ou Suède, les établissements peuvent décider du licenciement d’un enseignant.

Quant à l’évaluation, la moitié des pays ont des évaluations publiques, par exemple en Pologne, au Portugal, en Suède, au Danemark. En France, pas d’évaluation, surtout dans les écoles primaires : il faut respecter le mythe d’établissements tous identiques, tous de même valeur. Et dans le second degré, les acteurs de l’évaluation sont si nombreux et si technocratiques (des inspecteurs d’académie aux inspecteurs pédagogiques régionaux) que c’est comme s’il n’y avait pas d’évaluation.

On notera avec intérêt la déclaration de Philippe GUITTET, secrétaire général du syndicat des chefs d’établissements, qui n’hésite pas à déclarer au même journal, à propos de l’autonomie : « Nous sommes en retard, c’est indéniable. En tant que chef d’établissement, vous êtes obligé de discuter chaque attribution d’heures comme un chiffonnier. On ne devrait pas avoir des injonctions au quotidien (…). Il faut passer à une culture du contrat et de l’évaluation ». Si même les enseignants le disent, tous les espoirs sont permis.

Deux remarques pour terminer. D’une part, cette étude montre que des pays très différents, y compris politiquement, mais aussi par la taille, la part des établissements publics, etc. ont choisi l’autonomie. C’est donc un choix de bon sens, qui devrait s’imposer à tous. Ensuite, nous ne pouvons une fois encore que renvoyer nos lecteurs à notre guide du candidat ( www.guideducandidat.org ). Le chapitre consacré au parc d’attraction du mammouth donne toutes les solutions, qui passent par « l’autonomie totale des établissements en matière de programme, de personnel et de contrôle des connaissances ». C’est révolutionnaire pour la France, mais, à voir ce que font nos partenaires, c’est banal pour les autres pays.

 

Le 3 avril 2008 

 
   

 

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