LES MILLIARDAIRES DU TIERS-MONDE


Comme chaque année, le magazine FORBES vient de publier le classement des milliardaires en dollars. C’est un club assez fermé, mais en forte évolution : 846 membres début 2007, 1 125 un an plus tard. Certes, la baisse du dollar a dû passer par là pour augmenter la fortune des non-Américains, une fois transformée en dollars US ; mais leur nombre total a doublé en quatre ans. On trouve désormais en tête l’américain Warren BUFFETT, avec 62 milliards de dollars, son compatriote Bill GATES n’étant « plus que » troisième, avec 58 milliards, après avoir été premier pendant douze ans ; mais il est vrai qu’il a donné une grande partie de sa fortune à sa fondation, prouvant que les plus riches étaient capables de générosité.

Ce qui nous a semblé intéressant, au delà des côtés anecdotiques du classement, c’est la place du tiers-monde dans ce club de milliardaires en dollars. Dans les dix premiers, il n’y a plus que deux Américains, un Suédois, un Allemand. On trouve aussi un Russe (neuvième), mais surtout le second est un Mexicain (Carlos Slim HELU, 60 milliards) et on trouve quatre Indiens dans les huit premiers (dont Lakshmi MITTAL, 45 milliards, les trois autres étant numéros 5,6 et 8).

Certes, les Etats-Unis font toujours la course en tête, avec 469 milliardaires, mais ils ne sont plus que quatre sur les vingt premiers ; les pays émergents jouent un rôle croissant. La Russie a pris la deuxième place, dépassant l’Allemagne, avec 87 milliardaires ; la Turquie est mieux placée que le Japon ; on trouve 43 Chinois parmi les milliardaires en dollars, deux fois plus que l’an dernier, ce qui a priori n’était pas prévu par MARX ou MAO. Il y a même désormais, pour la première fois, trois Africains dans ce club restreint.

Le premier Français est Bernard ARNAUD (LVMH), 13ème, tandis que la femme la plus riche du monde est une Française, Liliane BETTENCOURT. Enfin, il n’est pas nécessaire d’être un riche héritier pour figurer dans le club : 67% des milliardaires sont des hommes partis de rien, sans famille ni patrimoine, ce qui traduit une certaine mobilité sociale.

Bien entendu, la présence importante de pays émergents dans ce groupe ne suffit pas à résumer la situation économique mondiale. Mais c’est un indice du caractère réellement émergent de ces économies : la plupart de ces personnes ne sont pas des rentiers, mais des entrepreneurs. Est-ce un signe des inégalités croissantes ? Certainement pas : comme le montrent tous les indices dont nous avons parlé dans plusieurs articles  la pauvreté recule, notamment en Inde et en Chine, plus généralement dans tous les pays émergents. La fortune de quelques-uns n’est pas incompatible avec le progrès de tous. Cela va même en général de pair.

Les Chinois ne disaient-ils pas il y a longtemps : « quand le riche maigrit, le pauvre meurt » ; on pourrait dire aujourd’hui, « quand le riche s’enrichit, les pauvres sortent de la misère ».

 

Le 2 avril 2008 

 
   

 

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