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Nous avons évoqué dans notre dernière Nouvelle
lettre et sur www.libres.org la question
du Tibet et de son annexion de fait par la Chine. Et surtout nous avons
fait part de notre pessimisme concernant la réaction des occidentaux :
vraisemblablement tout le monde ira à Pékin aux JO et fermera les yeux.
Cependant, des réactions d’indignation se multiplient, au point que les
discours officiels se font de plus en plus ambigus chaque jour. Les cris
de la société civile iront-ils jusqu’à la société politique ? Il est un fait que l’appel au secours du
Dalaï-lama n’a pas arrangé les affaires de Pékin. Il a d’autant plus surpris
que le chef spirituel des Tibétains, en exil en Inde depuis 1959, prix
Nobel de la paix en 1989, nous avait habitués à des comportements prudents
et à des discours consensuels, y compris vis-à-vis de la Chine. Mais au
moment où - Jeux olympiques obligent - tout le monde ferme les yeux sur
la répression en Chine et les atteintes aux droits de l’homme, il estime
ne plus pouvoir se taire. Déjà en 1959 la population de Lhassa s’était
révoltée contre l’armée d’occupation chinoise et avait été sévèrement
réprimée ; des milliers de bonzes avaient été tués. C’est à cette
occasion que le Dalaï-lama avait dû quitter son pays. Depuis cette date,
les révoltes se multiplient et la répression ne cesse de s’intensifier.
Au moment de la révolution culturelle, des milliers de monastères ont
été détruits. Il en a été de même en 1989, avec de nombreux morts. Le
chef de l’église tibétaine a donc dénoncé encore une fois « une répression
continuelle » par les forces de sécurité et des « violations
énormes et inimaginables des droits de l’homme ». De plus, l’ensemble
s’accompagne « de la négation de la liberté religieuse et de la politisation
des questions religieuses ». La situation est grave, car le chef religieux,
très critiqué par les jeunes tibétains en exil pour sa politique trop
molle, avait jusque là, selon Le Monde qui rapporte ces informations,
répété inlassablement que le « Tibet fait partie de la Chine »,
espérant avoir en retour une indulgence de Pékin pour son peuple. C’est
le contraire qui s’est produit : encore une fois, les Chinois montrent
que les communistes ne connaissent que la force brute et les rapports
de force. Ils sont insensibles aux sourires et les prennent pour des signes
de faiblesse. Conclusion actuelle du Dalaï-lama :
« Depuis la reprise des contacts directs en 2002, aucun changement
positif ne s’est produit au Tibet. Les autorités chinoises continuent
d’agir de manière que l’on peut qualifier de comportement inhumain ».
Il constate un « génocide culturel. La langue, les coutumes, les
traditions du Tibet sont en train de disparaître » et pour accentuer
ce phénomène le régime a massivement déplacé des Chinois au Tibet pour
rendre les Tibétains minoritaires chez eux. Des moines qui participaient à une simple
marche commémorative du soulèvement de 1959 ont été arrêtés (70 d’un coup),
alors que 300 religieux tentaient de rejoindre le centre-ville depuis
leur monastère. Le lendemain, après les déclarations de leur chef religieux,
ils étaient 600. La police les a dispersés à coup de grenades lacrymogènes,
alors qu’ils criaient « libérez notre peuple » et réclamaient
la liberté du culte. Il y avait en face d’eux plus de 2 000 policiers.
Commentaire de Pékin, dans la pure langue de bois communiste : « Certains
moines illettrés à Lhassa, abusés par une poignée de gens, ont commis
des actes illégaux qui peuvent menacer l’ordre social ». Depuis,
il y a eu des morts, des voitures incendiées, des magasins détruits :
la situation a dégénéré. La police a été remplacée par l’armée et les
tanks, les grenades lacrymogènes par des armes à feu. Même Pékin ne nie
plus qu’il y ait de nombreux morts. Bien entendu, cette affaire dramatique n’est
qu’une partie du problème des droits de l’homme en Chine. La persécution
religieuse, en particulier, touche aussi les chrétiens dans le reste de
la Chine et nombreux sont les évêques et les prêtres qui sont depuis longtemps
en prison. La tentative de créer une église officielle coupée de Rome
n’a pas empêché la fidélité au Pape de la majorité des catholiques, en
dépit de la répression. Plus généralement, ce sont tous les droits fondamentaux
qui sont violés. Les gouvernements vont-ils briser le mur
du silence, ou subiront-ils un nouveau Munich ?
Le 2 avril 2008
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