LA SÉCU EST SAUVÉE (UNE FOIS DE PLUS)


Cette fois-ci, c’est sûr : la sécurité sociale est vraiment sauvée. C’est du moins ce que laisse entendre le ministre du budget et des comptes publics, Eric WOERTH, en présentant les derniers comptes de la Sécu pour 2007 : il s’est félicité que « le plan d’alerte décidé en juillet dernier par le gouvernement ait produit ses effets et permis de maîtriser l’évolution des comptes de la sécurité sociale ». Les réformes fondamentales du gouvernement portent donc leurs fruits : nous sommes bien gouvernés, continuons sur cette voie remplie de succès.

Trêve de plaisanterie, pourquoi tant d’optimisme ? Voici les chiffres officiels présentés par le ministre : le déficit du régime général en 2007 s’élève à 9,4 milliards d’euros. Pourquoi alors sortir le grand jeu du « on a gagné » ? Parce qu’en septembre, on prévoyait un déficit de 11,7 milliards ! C’est donc « moins pire » que ce que l’on pensait. De quoi sabrer le champagne.

A quelques détails près. Quitte à rappeler le passé, soyons complet. Le déficit de 2007 est tout d’abord plus élevé que celui de 2006 : 9,4 milliards contre 8,7 milliards. Où est l’amélioration ? Ensuite, ce qui compte au niveau des prévisions, ce n’est pas une prévision ponctuelle faite en septembre 2007, mais c’est le chiffre officiel du déficit que le parlement avait voté fin 2006 : il était de 8 milliards. Comme d’habitude, et c’est cela qui compte, le chiffre voté par les députés s’est révélé totalement irréel et le dérapage par rapport à ce qu’ils avaient adopté a été de 1,4 milliard. Le déficit est donc plus élevé qu’en 2006 et plus élevé que celui qui avait été accepté par la représentation nationale : c’est cela qui compte.

Ensuite, si on entre dans le détail, l’analyse par secteur est également intéressante : la branche famille est en excédent de 200 millions, mais il n’y a plus de familles nombreuses et de toute façon l’importance relative de la branche famille ne cesse de décliner. La branche maladie dégage un déficit de 4,6 milliards (plus 500 millions pour les accidents du travail) : c’est mieux qu’avant. Mais à quel prix ? L’assurance maladie se transforme en organisme coercitif, les médecins ne peuvent plus prescrire librement, de nombreux services ne sont pratiquement plus remboursés, sauf sur une base symbolique (comme les lunettes, quelques euros - moins de 10 -, alors que le coût réel est de plusieurs centaines d’euros), des médicaments de moins en moins remboursés, les consultations hors parcours remboursées à 50% seulement, les baisses autoritaires de prix,… Bref, des cotisations de plus en plus chères pour un service de plus en plus réduit. Et comme le bolide est sans régulateur, le déficit repartira à la hausse à la prochaine occasion.

Enfin, et non le moindre, le régime vieillesse : on nous avait dit que la question était pratiquement réglée, à quelques ajustements près. D’ailleurs on s’est permis de revaloriser (la veille des municipales) le minimum vieillesse (ce qui pèsera sur les comptes 2008) : c’est donc qu’on avait de l’argent. Pas du tout : en 2007, le déficit du régime retraite s’est encore aggravé, à 4,5 milliards. Nous n’avons cessé de l’annoncer. L’explosion de ce régime est proche. Nous avons donc non pas un, mais deux bolides sans freins : l’assurance-maladie et les retraites.

M. WOERTH a donc tort : il n’y a aucune maîtrise des comptes de la sécu. Il y a juste deux gouffres financiers, et deux problèmes majeurs qui ne peuvent être réglés que par deux réformes radicales : la privatisation de l’assurance-maladie et le passage à la retraite par capitalisation. Manifestement, ce n’est pas le chemin choisi. La sécu est donc moins sauvée que jamais. 

 

Le 2 avril 2008 

 
   

 

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