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« CINQ PRIX NOBEL D’ECONOMIE JUGENT LA FRANCE » Notre confrère Les Echos a consacré il y a quelque
temps un dossier de 26 pages à un audit de la France. Nous pensons utile d’y revenir,
la suspension de la Nouvelle lettre la semaine dernière ne nous ayant pas permis
d’en parler plus tôt. Tout est passé en revue, de la mondialisation à l’Etat en
passant par les entreprises ou le modèle social. Mais ce qui a retenu notre attention,
c’est la dernière page, intitulée « cinq prix Nobel d’économie jugent la
France ». Toutes les sensibilités et écoles économiques sont représentées,
mais on y trouve beaucoup de points de convergence. A nos yeux, Gary BECKER est le plus pertinent.
« En valeur absolue, le taux de croissance de la France n’est pas assez élevé.
Le pays ne s’est pas suffisamment réformé. La remise en cause des 35 heures, l’introduction
de contrats de travail plus souples, ou encore la réforme des retraites vont
dans la bonne direction. Mais ce n’est pas suffisant. Le marché du travail n’est
pas assez flexible. Les entreprises devraient notamment avoir davantage de marge
de manœuvre pour licencier les employés qui ne leur conviennent pas. Les charges
qui pèsent sur le travail sont également trop lourdes. ». « Par ailleurs, le salaire minimum, que certains
candidats à la présidentielle veulent augmenter, est au contraire trop élevé.
Aux Etats-Unis, ce dernier va être relevé, mais ce n’est pas grave, car il concerne
une petite partie de la population active. Ce n’est pas le cas en France !
Beaucoup de jeunes et de personnes issues de l’immigration sont au SMIC. L’augmentation
de ce dernier ne facilitera pas l’embauche de ces populations. Enfin, la politique
économique française suit de nombreuses fausses pistes : le patriotisme économique,
le recours aux subventions (à Airbus, notamment, mais je dis la même chose pour
Boeing) en sont des exemples ». Paul SAMUELSON, dont le moins qu’on puisse dire
est qu’il n’est pas libéral : « La France fait partie des pays
européens au modèle le moins efficace. Elle n’a pas su s’adapter aux nouvelles
réalités de l’économie mondiale (…). Il me semble que les Français devraient aujourd’hui
tolérer la remise en question de certains privilèges et accepter que leur société
soit davantage inégalitaire. (…). En France, les syndicats restent trop puissants.
Or, dans le monde actuel, les capitaux et les connaissances circulent librement
vers les systèmes les plus efficaces, même s’ils sont plus injustes et plus brutaux ».
Et d’appeler de ses vœux « un leader populaire et persuasif capable de déplacer
le curseur de l’équilibre de la société vers moins d’égalitarisme. La France a
besoin de rencontrer son Ronald REAGAN ou plutôt son Tony BLAIR ». Edouard PRESCOTT : « La France a totalement
tort de redouter la mondialisation. La dernière fois que les forces opposées à
la mondialisation l’ont emporté, nous avons eu droit à la crise des années 1930
(…) La croissance serait plus dynamique avec des impôts moins élevés et de moindres
incitations à prendre sa retraite de façon anticipée. Si la France ramenait ses
taux d’imposition au niveau américain, le produit des impôts serait du même ordre
qu’aujourd’hui, car après une période de transition, la production serait de 40%
plus élevée ». Et d’attendre une réforme menée « par un POINCARE, un
REAGAN ou une THATCHER ». Robert SOLOW affirme pour sa part « Je ne
pense pas que le partage du travail soit une bonne idée. Les éventuelles créations
de poste sont souvent contrebalancées par la hausse du coût du travail ».
Et la France a « sans doute plus à gagner qu’à perdre » dans la
mondialisation. Enfin, Edmund PHELPS dénonce les « restrictions
légales qui pèsent en Europe sur la création et la gouvernance des entreprises,
ce qui a pour effet de restreindre, voire d’empêcher l’innovation, en multipliant
les obstacles administratifs. ». Il faut « réformer les institutions
économiques comme le code du travail et le droit des sociétés (…) Les Français
sont parmi les habitants des pays du G7 les moins motivés au travail (…) Je pense
que la solution est à trouver dans les forces du marché ». Intéressante, non, cette belle unanimité ?
La classe politique française a sans doute été trop occupée par la campagne électorale
franco-française pour avoir le temps de lire les déclarations des prix Nobel étrangers.
L’ensemble est pourtant riche d’enseignements. Mais, n’en déplaisent aux prix
Nobel, nous n’avons ni REAGAN, ni THATCHER. Mais nous aurons peut-être la société
civile, si elle veut bien prendre ses responsabilités. Si la société civile comprend
le message, la classe politique suivra, par nécessité. Le 4 avril 2007
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