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PROFESSIONS
FERMEES : BRUXELLES
S’ATTAQUE AUX PHARMACIES Cela
va faire bientôt 50 ans que le rapport RUEFF-ARMAND (1959) sur les obstacles à
la croissance mettait en cause les professions fermées. Interdire l’entrée de
nouveaux participants, c’est limiter artificiellement la concurrence (pas de libre
entrée), provoquer des hausses de prix et empêcher la création de richesses et
d’emplois. Tout le monde est d’accord sur l’analyse, mais cinquante ans après
rien ou presque n’a évolué. Car lorsqu’on passe à la pratique, chacun veut défendre
sa profession. C’est ce qui vient encore de se passer avec les pharmaciens. Le
secteur est soumis à un numerus clausus : le nombre de pharmacie est fixé
par les pouvoirs publics en fonction du nombre d’habitants par commune. Les prix,
du moins pour les médicaments remboursables, ne sont pas libres. Il n’y a donc
pas de véritable concurrence. Les autorités de Bruxelles envisagent certains changements
pour faire évoluer la situation. Une procédure vient donc d’être engagée par la
Commission européenne concernant un aspect de la question, celui des règles de
propriété des officines pharmaceutiques. Il s’agit d’une « lettre de mise
en demeure », ce qui constitue la première étape d’une procédure d’infraction
pouvant aboutir à une saisine de la Cour européenne de justice, comme le précise
une dépêche AFP. En
effet, la France interdit qu’un même titulaire puisse posséder plus d’une pharmacie
et exige que le propriétaire d’une officine soit un pharmacien, ce qui fait que
les grands groupes de distribution ne peuvent détenir de pharmacies. On remarquera
que Bruxelles n’a pas cherché à remettre
en cause le numerus clausus, pourtant contraire à la libre concurrence, avec une
pharmacie dans les grandes villes par tranche de 3000 habitants. Mais c’est déjà
une première étape. La France a deux mois pour répondre et si la réponse ne satisfait
pas Bruxelles, la Cour de justice sera saisie et pourra dire si la situation française
est conforme au droit européen. Bien
entendu, la profession est aussitôt montée au créneau pour défendre la situation
actuelle : personne n’aime vraiment la concurrence, puisque celle-ci favorise
le consommateur et non l’entreprise. Réaction corporatiste normale. Il est vrai
que la santé avait été exclue de la directive BOLKESTEIN et que la Commission
reprend le dossier par d’autres voies. Le président du conseil national de l’Ordre
des pharmaciens s’indigne que la Commission refuse « de considérer que le
domaine de la santé n’est pas un élément comme les autres du système marchand ». De
son côté, le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
affirme que « l’Etat français doit absolument défendre
les pharmacies. La pharmacie est basée en France sur trois piliers : la répartition
qui permet à chacun de disposer d’une officine à moins de six minutes de chez
lui (…), le monopole de compétence en matière de délivrance
des médicaments et le principe de propriété, contesté par la commission ».
En particulier, ce principe de propriété (seul un pharmacien peut être propriétaire
et cela d’une seule pharmacie) « empêche l’entrée de la grande distribution
dans la monde de la pharmacie ». La
dépêche AFP précise, comme il se doit, que les principaux candidats à l’élection
présidentielle « ont tous affirmé leur attachement à ces trois piliers ».
Des députés européens français sont aussitôt montés au créneau pour demander à
la Commission de renoncer à ce projet : « S’agit-il d’ériger en dogme
la libre circulation des services ? ». Bref, ce projet conduirait à la disparition
des pharmacies en zone rurale et à la concentration en zone urbaine. Il s’agirait
donc de protéger les (petits) pharmaciens face à l’emprise des « grands »
groupes de distribution dans ce secteur, les médicaments n’étant pas un bien de
consommation comme les autres « et leur distribution ne saurait se confondre
avec l’achat d’un bien de consommation courante ». C’est
toujours le même refrain : c’est dans l’intérêt des clients que l’on limite
la concurrence. Avec de tels raisonnements, autant nationaliser la pharmacie,
puis la médecine, comme c’est déjà le cas pour l’éducation ou tant d’autres secteurs.
Avec de tels arguments, une boulangerie devrait être un service public, puisqu’elle
produit un bien vital. Bruxelles n’agit pas par dogmatisme, mais dans l’intérêt
des clients. Et personne ne nous fera croire que la concurrence puisse desservir
les clients. Il
est vrai que le monde change. La distribution des médicaments changera donc aussi.
Nous faisons confiance aux pharmaciens, que nous connaissons bien, pour s’adapter.
Mais ce n’est pas en voulant figer la situation actuelle qu’ils pourront s’adapter,
face aux évolutions inéluctables des modes de distribution. Il est temps de faire
lire BASTIAT par notre classe politique, pour qu’elle découvre les bienfaits de
la concurrence. Et que chacun réalise que l’entreprise n’a de sens qu’au service
du client. Le 10 avril 2007
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