SMIC BOLIVIEN : + 50% EN ATTENDANT 100%...


Nous avons déjà dit tout le mal que nous pensions de l’élection du président Evo MORALES en Bolivie : un ami de CHAVEZ et de LULA et surtout de  CASTRO, d’un anti-américanisme primaire, favorable aux nationalisations des grands groupes et en particulier des groupes pétroliers. Bref un marxiste bon teint, dont la seule présence menace de déstabiliser toute la région.

Pourtant certaines bonnes âmes expliquaient que depuis son élection il avait mis de l’eau dans son vin ; il serait simplement proche du peuple et ferait une politique favorable aux intérêts des plus démunis…Il vient en effet de le montrer par une décision spectaculaire : la hausse du salaire minimum national (l’équivalent du SMIC) de 50% dans un premier temps. Il passerait de 440 bolivianos à 660. Mais il ajoute aussitôt que cette hausse, conseillée par « le cabinet économique » était tout à fait insuffisante « .Je ne veux pas une hausse de 50%, mais de 100%. Le salaire minimum devrait être de 880 bolivianos ».

Reste à trouver l’argent. Aucun problème, selon le Président. Cette réforme pourrait être financée par les fruits des procès en cours contre les sociétés pétrolières ayant  des dettes fiscales, puis par la nationalisation des ressources naturelles. Passons sur les étranges confusions entre privé et public : on nationalise, on prend l’argent et on le donne à qui ? Aux salariés du secteur privé. Rien de tout cela n’est bien clair. Est-ce l’Etat qui paiera les salaires ?

Heureusement, le secrétaire exécutif de la centrale ouvrière bolivienne (COB) vient de réagir avec une exemplaire modération : « Une hausse de 100% c’est un bon début, mais c’est loin d’être suffisant. Le salaire minimum devrait atteindre les 1 500 bolivianos promis par M.MORALES durant sa campagne ». Pourquoi pas, cela ne fait qu’environ 300% de hausse. Voilà qui est très raisonnable.

Inutile de dire que les entrepreneurs du secteur privé ont vivement protesté. Car le relèvement du SMIC implique         aussi la revalorisation des allocations de naissance, de maternité, des primes d‘ancienneté, toutes indexées sur le salaire minimum. Le patronat ajoute qu’il faudra revaloriser les salaires de tous ceux qui sont entre l’actuel et le futur salaire minimum. Sans compter l’essentiel de la population qui en réalité touche moins que l’actuel salaire minimum (l’économie souterraine informelle concerne 60% de la population) : va-t-on revaloriser tout le monde ?

En réalité, chacun le sait bien, cela aura trois effets quasi-immédiats. Le premier, c’est un chômage massif, encore plus élevé que celui qui existe : toute revalorisation du SMIC, on le sait, entraîne du chômage chez les travailleurs les moins qualifiés ou les moins expérimentés. Le second c’est que l’économie souterraine sera encore plus importante. Le troisième est que cela devrait entraîner une fuite en avant des impôts (si l’Etat veut financer les entreprises, par exemple comme chez nous pour les 35 heures) et surtout une création massive de monnaie, qui se traduira par une inflation accrue qui à terme dévorera la hausse du pouvoir d’achat, qui n’aura été que nominale.

Au total, on peut s’attendre à une explosion, de l’économie et de la société boliviennes. Le mythe selon lequel l’argent du pétrole peut tout financer trouvera vite ses limites. Les entreprises étrangères, qui hésitaient déjà à signer des contrats avec la Bolivie, vont désormais s’empresser de se désengager, de peur d’être ruinées, surimposées, voire nationalisées. Cette hausse n’est pas un signal très rassurant envoyé aux marchés. Le drame, c’est que c’est le peuple bolivien qui va payer les conséquences de toutes ces folies.

 

 

Le 12 Avril 2006  

 
   

 

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